8 janvier 2019 Beverley MINNEKEER

Conférence-débat à la Foire de Libramont 2018 « Agroécologie : menace ou opportunité pour l’agriculture biologique ? »

Résumé de la conférence-débat

Conférence-débat à la Foire de Libramont 2018 « Agroécologie : menace ou opportunité pour l’agriculture biologique ? »

Le 27 juillet dernier, la Celle bio du CRA-W a organisé une conférence-débat à l’occasion de la Foire de Libramont. Le thème, choisi suite à une interpellation du secteur, était : « Agroécologie : menace ou opportunité pour l’agriculture biologique ? ». Introduite par Julie Van Damme (CRA-W) et animée par Xavier Delmon (Tr@me, RwDR), la discussion a réuni trois acteurs de référence : Philippe Baret (UCL), Marc-André Henin (éleveur laitier bio) et Marc Fichers (Nature & Progrès). Un rendez-vous qui a fait écho et qui a rassemblé environ 70 personnes !

Éléments de définition

Si l’objectif n’était pas d’obtenir des définitions consensuelles de l’agroécologie (AE) et de l’agriculture biologique (AB), des éléments sur les conceptions de chacun sont ressortis. L’aspect normé de l’AB a été souligné à plusieurs reprises, puisqu’elle est basée sur un cahier des charges précis dont le point central est l’interdiction de produits chimiques de synthèse. Toutefois, Marc Fichers a insisté sur l’importance de ne pas réduire le bio à des pratiques. Le facteur humain, à travers les échanges entre producteurs et consommateur, serait à l’origine de l’émergence et du développement du bio. L’AE ne correspondant à ce jour à aucune certification, elle couvrirait plutôt une série de principes. Stephen Gliessman définissait l’AE comme l’application de l’écologie à l’étude, la conception et la gestion d’agroécosystèmes durables, a rappelé Julie Van Damme. Philippe Baret a donné la définition de son collègue Harry Archimède : l’AE rassemblerait à la fois une approche système, l’autonomie de décision de l’agriculteur et les synergies entre les éléments de l’écosystème.

Les évolutions

Les intervenants ont été interrogés sur l’évolution de leurs métiers respectifs ces dernières années. En dix ans, la ferme de Marc-André Henin a connu de profondes mutations : conversion bio, augmentation de la production, nouvelles installations, accroissement de la rémunération et de la qualité des conditions de travail, diminution de la dépendance aux aides, développement de la vente directe…

Marc Fichers a rappelé que l’AB a été une réaction par rapport à l’agriculture hors sol, basée sur la chimie, les engrais et les pesticides. Le bio s’appuie donc sur un ensemble de valeurs : lien au sol, respect des équilibres et lois naturelles, agriculture nourricière et familiale. Elles ont été traduites en une série de normes précises réunies dans des cahiers des charges, gérés par des comités où siègent à la fois producteurs et consommateurs. L’externalisation du contrôle du respect des normes à un organisme indépendant extérieur aurait grandement contribué au succès du bio.

Philippe Baret souligne le passage d’une « logique de critique » des modèles existants à une logique « propositionnelle » ces dernières années. Il constate également une polarisation face à ces nouvelles propositions: certains agriculteurs conventionnels auraient le sentiment que le discours de l’AB ternirait leur image. Un enjeu important dans cette polarisation est l’appréhension de la diversité du monde agricole.

Les enjeux

Invité à donner son avis sur les enjeux actuels de l’AE, Philippe Baret observe une idéalisation grandissante des nouvelles générations sur des modèles « les plus parfaits possibles », probablement un peu démesurés face à l’ensemble de la diversité du monde agricole. L’enjeu serait de canaliser cet enthousiasme afin de construire des capacités (connaissances, réseaux, contacts) et de rêver de nouveaux horizons. L’inclusivité et la coexistence avec le conventionnel représenteraient aussi des questions-clés : au lieu de polariser le débat, il faut partir de la diversité des pratiques des agriculteurs.

Marc Fichers pense également que l’enjeu essentiel se situe au niveau de l’entièreté du secteur : va-t-il évoluer vers les lois naturelles, le respect du sol et le développement d’une agriculture nourricière et familiale ?

Enfin, au niveau de sa ferme et malgré ses évolutions, Marc-André Henin estime qu’elle n’est pas encore aboutie : elle le sera quand un équilibre et une synergie entre les différentes filières sera atteint (diversification des productions, augmentation de la biodiversité, développement du potentiel énergétique…).

Les recommandations

Pour conclure, les intervenants ont formulés quelques recommandations. Marc-André Henin a mis en évidence un paradoxe important : tandis que les problèmes agro-environnementaux atteignent des niveaux inédits et que des investissements colossaux tentent d’y répondre, la situation ne s’améliore pas. Selon lui, les individus auraient tendance à se focaliser sur quelques facteurs, mais manqueraient d’une vision globale.

Étant donné l’ampleur des enjeux actuels, Marc Fichers et Philippe Baret estiment tous les deux qu’une collaboration entre l’AE et l’AB est essentielle. Pour éviter les simplifications et oppositions, Philippe Baret invite à prendre le temps de comprendre la complexité des différents systèmes. Enfin, il propose d’anticiper les dégâts occasionnés par la transition agricole en créant des « plans » pour les perdants. Il conclut la conférence : « Si on veut arriver à répondre aux enjeux du XXIe siècle, il faut qu’on soit radicaux dans nos horizons, mais rigoureux et constructifs dans le chemin pour y arriver ».

Mise à jour 8 janvier 2019