19 oct. - 19 déc. 2019 Amélie TURLOT

Organisation du travail dans des exploitations wallonnes

En Wallonie, les projets de recherche et développement en agriculture abordaient rarement l’aspect social de la durabilité des exploitations. Cependant, depuis 2010, le gouvernent wallon a soutenu financièrement divers projets centrés sur l’organisation du travail en élevages bovins : DuraLait, DuraLait Plus, OTEl et OTEL2. Ces projets ont mis en évidence que la charge de travail est problématique dans 60% des exploitations laitières et que 75% des éleveurs devraient améliorer leur temps de travail. La surcharge de travail, réelle ou perçue, compromet le pilier social de la durabilité des exploitations, mais également le pilier économique. Elle porte atteinte à la pérennité des élevages en Wallonie et constitue un des facteurs de non-reprise des fermes. Pour la pérennité des élevages, tenir compte de ce facteur et étudier l’organisation du travail est impératif. C'est pourquoi le projet OTEl a créé un réseau de conseillers afin d'accompagner les éleveurs qui souhaitent améliorer leurs conditions de travail.

Organisation du travail dans des exploitations wallonnes

Le dossier sur l'organisation du travail en Wallonie est issues de données récoltées à partir de trois projets DuraLait, DuraLait plus et OTEl. Il est structuré en 7 dossiers :

  • les défis d'aujourd'hui et de demain pour le travail en élevage wallon

Le Centre wallon de Recherches agronomiques a organisé des réunions participatives rassemblant des acteurs du secteur de l'élevage afin d'identifier les questions de recherche à privilégier pour mieux cerner la réalité de l'élevage wallon et proposer des pistes de réflexion pour améliorer les conditions de travail des éleveurs.

13 thématiques ont été mises en évidence telles l'importance d'une vision stratégique, le travail administratif, la gestion des ressources humaines, la transmission des exploitations, la formation ou encore  le manque d'outils d'accompagnement des éleveurs. Pour chaque sujet, des propositions d'actions ont été formulées et priorisées.

  • des agriculteurs wallons expriment leur ressenti vis-à-vis du travail

Différentes démarches ont été menées pour prendre en compte l’avis des éleveurs et des acteurs de l’agriculture sur le sujet du travail en élevage. Deux enquêtes ont permis de percevoir le ressenti des agriculteurs vis-à-vis de leur travail. La première concerne les éleveurs tandis que la seconde se concentre sur les agriculteurs ayant fait le choix la diversification.

Les éleveurs

Parmi les 9000 éleveurs enquêtés en 2016, 500 ont pris le temps de répondre et près de 80% d'entre eux disent ressentir une pression au travail "moyenne à forte". Ils se plaignent surtout de la lourdeur des tâches administratives et des contraintes réglementaires. Se libérer du temps pour des congés, des week-ends ou des activités privées hebdomadaires est un enjeu majeur pour les exploitants ayant répondu.

On observe une prise de conscience importante puisque 40% des répondants seraient prêts à accepter un diagnostic de leur organisation du travail. La Wallonie s'est dotée d'un réseau de conseillers spécialisés sur le travail pour répondre à cette demande.

Les exploitants diversifiés

Dans ces exploitations, les agriculteurs mènent de front la production, la transformation et/ou l’accueil et la commercialisation, autant d'activités exigeantes en main-d'oeuvre. Une deuxième enquête a été conduite en partenariat avec Accueil Champêtre en Wallonie, DiversiFerm et le Centre wallon de Recherches agronomiques pour évaluer la pression et la charge de travail dans ces fermes. Il en ressort que la grande majorité des agriculteurs s’avère satisfaite de l’activité de diversification, mais un nombre important déclare manquer de temps, subir des tâches jugées pénibles et ressentir globalement un déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée. Beaucoup de personnes sont régulièrement en surcharge de travail et se plaignent d’un mauvais équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Elles aiment toutefois leur métier, la liberté dont elles bénéficient en tant que travailleur indépendant, le contact avec la clientèle et la reconnaissance pour leur service.

  • des repères sur le travail dans des exploitations bovins lait wallonnes

Le projet Duralait vise à apporter des références aux producteurs laitiers pour optimiser leur système de production. Trois domaines ont été étudiés : l'économie, le travail et l'environnement.

48 exploitations spécialisées en bovin lait ont été suivies dans le cadre du projet avec une SAU moyenne de 61 ha, dont 91% en SFP, et 73 vaches laitières pour un quota de 520 000 litres.

Le bénévolat est présent dans plus des 2/3 des exploitations. Les éleveurs dépendent souvent fortement de leurs parents retraités et doivent réfléchir à une relève. Le salariat est présent dans 8 exploitations. L'entraide existe dans 30% des exploitations, essentiellement pour les travaux de récolte de l'herbe. La quasi totalité des exploitations fait appel à l'entreprise pour les travaux de récolte.

Le travail d'astreinte correspond aux tâches quotidiennes et non différables (traite, soins aux animaux...). Il est plus important en hiver, lorsque le animaux sont en stabulation, 10h30/jour, qu'en période estivale (7h/jour). Le TA par UGB s'élève à 35h/an, soit 47 heures par vache ou 7.3 heures pour 1000 litres de lait.

Le travail de saison, de 102 jours par an en moyenne, est dédié pour 2/3 aux surfaces fourragères et 1/3 aux manipulations du troupeau.

Le temps qu'il reste aux exploitants une fois leur travail d'astreinte et de saison réalisé, appelé temps disponible calculé, est en moyenne de 780h/an et par personne. En revanche, la marge de manoeuvre en temps des éleveurs bovins lait français spécialisés de plaine est bien supérieure à celle de leurs homologues belges avec un temps disponible calculé de 1026h/an et par personne.

Idéalement en terme de travail, on ne devrait pas dépasser 50 vaches laitières par personne

  • des repères sur le travail dans des exploitations wallonnes diversifiées

Depuis 40 ans, certains agriculteurs font le choix de diversifier leur activité (ferme pédagogique, magasin à la ferme, chambres d'hôtes, gîtes, camping à la ferme, etc.). Se diversifier est une opportunité pour certains, une nécessité pour d'autres. Comment s'organiser lorsque l'on décide de se lancer dans cette aventure ? Quelles sont les changements d'organisation du travail auxquelles sont confrontés les porteurs de projet ?

En 2018, Adrien Deblonde, étudiant en dernière année à l'ISla Huy et encadré par le Centre wallon de Recherches agronomiques et Accueil Champêtre en Wallonie, a mené une enquête sur les temps de travaux auprès de 21 agriculteurs diversifiés.

Les agriculteurs interviewés consacrent plus de 20h pas semaine pour réaliser l'ensemble  du travail nécessaire au fonctionnement de l'atelier de diversification. Ce temps de travail varie fortement en fonction du nombre de locations, de la fonctionnalité des bâtiments, des services offerts (visite de la ferme, literie, bois de chauffage...) et de la façon dont est organisé le travail. Le nettoyage est la tâche la plus gourmande en temps.

  • des solutions et des astuces sur le travail pour les éleveurs bovins wallons

En 2016 et 2018, des concours permettant aux éleveurs de communiquer les astuces mises en place dans leur exploitation afin de gagner du temps, ont été organisés. L’objectif est de sensibiliser les éleveurs sur le thème de l’organisation du travail de façon ludique, mais également de recueillir des petites améliorations transposables à d'autres.

Les astuces devaient répondre à différents critères tels l’amélioration du travail de l’élevage, la sécurité et le confort de l’éleveur, la facilité deréalisation, la modicité du coût et le respect du bien-être animal.

Une vingtaine d’astuces ont fait l’objet d’une fiche de vulgarisation.

Dans les enquêtes travail , une des difficultés mise en avant concerne la gestion administrative, c’est pourquoi une fiche de bonnes pratiques a été rédigée à ce sujet.

Le recours au salariat est peu développé en Wallonie. Pourtant, il s’agit d’une piste pour améliorer ses conditions de travail. Une fiche permettant de prendre du recul et de se poser les bonnes questions avant d’engager une personne est disponible pour les agriculteurs.

  • conséquences du recours à l'élevage de précision sur le travail d'éleveurs bovins lait wallons (clic ici)

Depuis quelques années, l’élevage de précision a fait son apparition dans les élevages wallons. En particulier, le robot de traite est présent dans de nombreuses fermes laitières. Cet équipement est généralement introduit pour soulager le travail des éleveurs et leur faire gagner du temps mais son coût conséquent demande a être analysé avant investissement.

De manière générale, les éleveurs sont satisfaits du robot de traite et la plupart mobilisent les données à bon escient. Son principal défaut réside dans les coûts d'investissement et de maintenance. L'introduction du robot modifie l'organisation du travail, notamment le gain de flexibilité suite à la disparition de l'astreinte de la traite. Les éleveurs évoquent également la diminution de la pénibilité physique. Mais de nouvelles tâches apparaissent, comme la consultation des données (souvent biquotidienne) ou l'entretien de l'équipement. L'automatisation de la traite influence aussi la façon dont l'éleveur observe son troupeau.

  • un réseau de conseillers pour accompagner les éleveurs bovins wallons sur le travail.

En Wallonie, aucun organisme n'avait, jusqu'à présent, les compétences nécessaires pour accompagner les éleveurs dans l'amélioration de leur organisation du travail. Le projet OTEl a créé un réseau de conseillers "travail". Pour un transfert rapide vers le terrain, les conseillers ont été sollicités dans des organismes actifs sur le terrain. Ils ont suivi une formation de 7 jours alliant pratique et théorie.

Différentes actions ont été entreprises pour outiller les conseillers :

  • Création d'une formation en "conseiller travail en élevage",
  • élaboration d'une méthode de diagnostic "travail" et rédaction du guide d'entretien afférant,
  • création d'un annuaire de personnes ressources permettant à l'éleveur de contacter l'intervenant le plus à même de répondre à ses questions sur le travail,
  • organisation d'une journée de sensibilisation à destination de tous les conseillers agricoles, souvent en première ligne pour détecter un éventuel problème d'organisation du travail.

 

 

 

Mise à jour 20 septembre 2019