Monsieur le Ministre Carlo Di Antonio a souhaité que le programme de recherches 2013-2015 soit élaboré dans le but de servir une agriculture wallonne diversifiée rémunératrice et familiale, en équilibre avec le développement territorial.

Dans ce contexte, l’agriculture écologiquement intensive (AEI), telle que définie par Michel Griffon en France constitue un modèle vers lequel devrait tendre l’agriculture wallonne pour rester productive, assurer une production de qualité tout en préservant l’environnement. Il s’agit en fait de s’appuyer sur les processus et fonctionnalités écologiques pour lutter contre les bioagresseurs, tirer le meilleur parti des ressources naturelles, mais aussi mieux valoriser les produits et coproduits, réduire les déchets et éviter les gaspillages.

Pour mettre en pratique ces grands principes, qui peuvent bénéficier tant à l’agriculture traditionnelle qu’à l’agriculture biologique, le CRA-W propose de développer son programme scientifique 2013-2015 autour de trois orientations générales :

1. La gestion intégrée et dynamique des facteurs de production :

Cet axe de recherche a comme objectifs d’évaluer et de valoriser les ressources génétiques (variétés et races), d’étudier les processus naturels pouvant être exploités en agriculture écologiquement intensive, de limiter les risques liés à l’usage des produits de protection des plantes et des biocides, de développer des systèmes d’élevage plus durables et d’évaluer la production par l’agriculture de services écosystémiques (recyclage de déchets, impact paysager, …).

2. La gestion des risques et l’adaptation aux changements :

Ce volet de recherche concerne l’analyse des possibilités d’adaptation de nos systèmes agricoles aux changements globaux (climatiques, socio-économiques…), la gestion des risques phytosanitaires émergents ou récurrents et la détection de la contamination dans le secteur agro-alimentaire et l’environnement.

3. La gestion et la valorisation de la production :

Cet axe repose sur la capacité du CRA-W à développer des méthodes de caractérisation des produits agro-alimentaires dans l’objectif de mieux valoriser la production et d’en optimiser sa transformation. Cet axe comprend également un volet important de développement de méthodes d’authentification de la production, de la garantie de son origine et de la détection de fraudes et un volet relatif à l’enrichissement des produits agricoles en molécules d’intérêt pour la santé.

Les thématiques et actions découlant de ces trois orientations sont nécessairement pluridisciplinaires ; la plupart du temps, elles impliquent plusieurs unités de recherche, qui peuvent être mobilisées rapidement autour de problèmes complexes, qu’il s’agisse de faire face aux crises sectorielles ou de relever des défis de redéploiement du secteur agricole.

Des priorités d’action sont et seront encore redéfinies en cours de programme en fonction des attentes exprimées par le secteur et les décideurs. C’est dans ce contexte qu’il a été demandé au CRA-W de développer un plan de recherche global relatif aux problématiques de l’agriculture biologique et de l’autonomie protéique.

Ainsi, une cellule de recherche « Agriculture biologique et transition des systèmes agroalimentaires » a été constituée au sein du CRA-W. Elle coordonnera les activités à mener au bénéfice du secteur, en étroite collaboration avec l’ensemble des acteurs de l’agriculture biologique.

Des dispositifs de recherche participative impliquant des réseaux de producteurs seront mis en place dès 2013 afin de préciser les demandes, les performances et les leviers d’amélioration potentiellement mobilisables. En outre, des essais testant des solutions innovantes mais présentant certains risques économiques pour les producteurs, seront menés tant sur des surfaces certifiées en AB (vergers) que sur des surfaces fourragères en conversion. A terme, entre 10 et 20 % de la surface agricole utile du CRA-W sera convertie en AB (une réflexion étant également initiée afin d’évaluer la pertinence d’un système articulant grande culture avec une production de porc bio).

Pour le plan « Autonomie protéique », la priorité sera donnée aux sources potentielles d’économie de protéines, au travers de l’optimisation des systèmes alimentaires (assurer une meilleure concordance des apports aux besoins des animaux de rente) et de l’identification d’itinéraires techniques pour maximiser la productivité viagère des animaux et de ce fait leur efficience azotée. Ce second volet explorera aussi les capacités à produire plus de protéines au sein des exploitations (herbe, protéagineux, oléo-protéagineux et cultures associées) et à optimiser les synergies entre les bassins de production (grandes cultures – élevage) en Wallonie.

Le suivi de réseaux d’exploitations pilote permettra d’établir des références qui au même titre que les deux actions précédentes, seront mobilisées comme support de promotion et de démonstration par les centres pilotes et les acteurs de la vulgarisation.

D’autres thématiques prioritaires seront également traitées au cours de ce programme, notamment l’autonomie énergétique des exploitations agricoles, en développant le diagnostic de consommation et en évaluant les possibilités de production énergétique à la ferme (comme la biométhanisation).

Il s’agit aussi de la réduction de l’utilisation des pesticides et biocides, le recours à des variétés résistantes, une meilleure connaissance de l’épidémiologie des bioagresseurs et des auxiliaires, et par la conception d’outils d’aide à la décision et de systèmes d’avertissements.

De manière générale, le programme de recherches du CRA-W a été conçu en prenant en compte tant les attentes des secteurs de la production et de la transformation que les attentes sociétales. Une attention particulière devra être accordée aux transferts rapides des résultats et des innovations. La mise en place de structures telles que les unités mixtes de recherche avec les Universités permettra de maintenir une capacité de prospective, au développement de partenariats et à la mobilisation d’expertises complémentaires ainsi que de fonds pour répondre à des objectifs précis.

C’est en intégrant de cette manière les compétences des différents acteurs que la recherche pourra répondre efficacement aux futurs défis de l’agriculture, notamment dans les perspectives de changements climatiques et de difficultés socio-économiques.

 

Texte produit pour l’Assemblée générale des producteurs wallons


Le

Léon Lacroix

Bâtiment
Léon Lacroix