Alimentation animale et impact sur l'environnement

Le CRA-W, un acteur engagé dans la recherche de moyens pour limiter la pression des élevages sur l’environnement (GES et azote)

Le CRA-W a mené plusieurs projets de recherche portant sur les liens entre l’alimentation animale et la pression sur l’environnement. Ces projets se focalisent essentiellement sur les ruminants (vache laitière, bovin allaitant), qui sont plus incriminés que les monogastriques en ce qui concerne leur faible efficience de transformation (générant des rejets azotés) et leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment en raison des émissions de méthane (CH4) en lien avec leur spécificité digestive. Ces projets visent à étudier à la fois les relations alimentation - performance animale et les impacts directs sur l’environnement (ex : CH4 entérique, émissions d’ammoniac (NH3) liés aux déjections en étables, etc.) mais également les effets indirects en incluant le coût environnemental de la production des aliments.

 

 

Recherches ‘Ruminant’

  • Plusieurs projets sont en cours sur l’autonomie alimentaire (Projets interreg : SUSTAINBEEF, PROTECOW, AUTOPROT). Une meilleure autonomie alimentaire à l’échelle de l’exploitation mais aussi des territoires (échanges entre exploitations), ainsi qu’une meilleure valorisation des fourrages autoproduits (projet loi Moerman : EFFORT), sont de réels leviers pour limiter les émissions indirectes de GES (liées à l’achat d’aliments à l’extérieur) et ainsi réduire l’empreinte carbone de nos productions agricoles. Avec sa grande proportion de prairies dans sa SAU (Surface agricole utile), la Wallonie a de sérieux atouts pour produire à partir de ses propres productions fourragères, contrairement à d’autres régions. D’autres essais sont en cours avec pour objectif de minimiser l’impact environnemental de la production de viande par des bovins adultes (AUTEFEL) ou plus jeunes (VEAUX ROSES) en agriculture biologique sur base d’une alimentation à partir de fourrages autoproduits. Les recherches portent aussi sur la valorisation des CIPAN’s (Culture intermédiaire piège à nitrate) dans l’alimentation animale (projet loi Moerman : AUTEFEL), qui peuvent fournir un complément de fourrage intéressant mais de valeur alimentaire très variable selon les conditions d’implantation.

 

  • Au niveau des stratégies fourragères, le recours à des légumineuses dans les mélanges prairiaux présente l’énorme avantage de limiter voire supprimer toute fertilisation azotée, et ainsi réduire le bilan GES (Outil DECIDE) des exploitations ruminants (coût énergétique lié à la production d’engrais) et les émissions directes liées à l’épandage des engrais azotés.

 

  • Au niveau des stratégies alimentaires du bétail, il a été démontré dans les essais (projet SPW : GRASSMILK) que la première règle est de faire correspondre au mieux les apports alimentaires aux besoins des animaux. Ainsi, l’efficience azotée des vaches laitières (proportion d’azote que l’animal intègre dans ses productions par rapport à ce qu’il a ingéré) a augmenté de 23% avec une ration ‘optimisée’ sur ce point par rapport à une ration classiquement utilisée en pratique. C’est tout l’intérêt d’une alimentation de précision qui répond au plus juste aux besoins de l’animal.

  • Par ailleurs, en bovins allaitants, des essais ont montré (FILIERE DE GESTION DES EFFLUENTS D’ELEVAGE) que les pertes en azote dans les bâtiments d’élevage dépendent de l’alimentation protéique des animaux et que les émissions directes de CH4 par ces mêmes animaux sont fortement liées à la qualité de leur ration.

 

  • L’incorporation de tanins hydrolysables (chêne) dans les rations s’est avérée très intéressante dans le cadre du projet AUTEFEL (loi Moerman) pour réduire les excrétions d’azote urinaire (de l’ordre de 10%), qui est plus dommageable que l’azote fécal pour l’environnement.

 

  • L’incorporation dans les rations ‘ruminants’ de sources d’acides gras polyinsaturés, telles que la graine de lin ou de colza extrudée, constitue une solution efficace pour réduire les émissions de méthane par les vaches laitières. Cette stratégie, associée avec l’apport d’amidon dans la ration afin de limiter également la population des archae méthanogènes dans le rumen, a permis de réduire de 12% des émissions de méthane par les animaux pour une production similaire.

 

  • En terme d’additifs susceptibles de limiter les émissions de méthane dans le rumen, des extraits de houblon ont été testés. Les essais in vitro étaient prometteurs mais leur efficacité in vivo n’a pas pu être démontrée. D’autres additifs alimentaire de synthèse, tels que le 3-NOP ou le NO3, semblent plus efficaces pour limiter les émissions de méthane et sont actuellement testés par plusieurs équipes de recherche à travers le monde.

 

  • La substitution du tourteau de soja américain, dont l’empreinte carbone peut être 3-4 fois supérieure à celle des aliments produits localement, par des sources de protéines locales (protéagineux, association de co-produits comme le tourteau de colza, drêches…) est une autre solution testée au CRA-W pour réduire l’impact environnemental de nos élevages. Des fiches solutions ont été diffusées par le CRA-W à destinations des conseillers et producteurs. Par ailleurs, la Wallonie a reconnu un plan de développement stratégique à l’horizon 2030 portant sur le développement des protéines végétales.

 

  • Dans l’essai de comparaison d’une ration ‘optimisée’ (intégrant plusieurs stratégies développées ci-dessus) à une ration ‘classique’ dont il est fait mention plus haut, une analyse globale prenant en compte l’impact de la production des différents aliments, a permis d’estimer que l’empreinte carbone du lait était diminuée de 25% (0.78 vs 1.03 kg CO2eq/kg de lait) avec la ration optimisée. Ceci montre la marge de manœuvre possible en optimisant l’alimentation du bétail.

 

  • Un outil de formulation nommé ‘Proterat’ a été développé par le CRA-W afin de permettre aux producteurs et conseillers d’analyser les rations vaches laitières dans les deux systèmes d’alimentation utilisés en Belgique (français et hollandais). Cet outil permet d’optimiser l’efficience d’utilisation des aliments par les animaux et de ce fait limiter leurs émissions.

 

  • A l’avenir, il serait intéressant d’étudier l’impact de la qualité de la ration fourragère, et en particulier de la gestion de l’herbe pâturée (stade de végétation, composition floristique…) et conservée (mode de conservation, composition floristique…), sur les émissions de méthane par les ruminants.

 

 

Recherches ‘Porcine’

  • En alimentation porcine, plusieurs essais ont été réalisés pour substituer le tourteau de soja par des sources protéiques locales et co-produit

 

  • En collaboration avec l’industrie, le projet Wagralim AGROFLOWVAL vient de débuter et se concentrera sur la valorisation des eaux de process de l’industrie de la pomme de terre, riches en protéines et hydrates de carbone, en alimentation porcine. Ce projet contribue à valoriser des produits et co-produits locaux avec tout l’intérêt environnemental que cela implique.

 

  • D’autres recherches ont porté sur l’équilibre en acides aminés de la protéine digestible, en particulier le besoin en valine du porcelet, afin de limiter le taux protéique des rations tout en assurant des performances optimales. Le respect de cet équilibre optimal en acides aminés digestibles permet d’améliorer l’efficience azotée de l’animal et limiter les rejets d’N urinaire.

 

Partagez cet article