Le tanin de chêne pour mieux utiliser les protéines des fourrages ?

Le tanin de chêne pour mieux utiliser les protéines des fourrages ?

Les fourrages riches en protéines ne sont pas faciles à conserver et occasionnent souvent d’importants rejets azotés. Le tanin de chêne, ajouté au moment d’ensiler le fourrage, est-il une solution contre la dégradation des protéines?

Les protéines des fourrages sont hautement dégradables par les micro-organismes, tant dans le silo que dans le rumen de la vache. Dans le silo, les protéines sont dégradées majoritairement en ammoniaque, qui, en excès, ne pourra pas être utile à l’animal qui consomme le fourrage. L’azote des protéines dégradées dans le rumen est en partie excrété sous forme d’urée, ce qui représente une autre perte d’efficience pour l’animal.

Via des expériences en micro-silos, le projet Autefel a montré que le tanin de chêne permet de réduire l’ammoniaque produit pendant la fermentation de l’ensilage, suggérant ainsi une réduction de la dégradation des protéines (de 10 à 15%). En effet, les tanins sont des molécules naturelles présentes dans les végétaux qui ont la propriété de se complexer aux protéines et de pouvoir ainsi les protéger de la dégradation. In vitro, le tanin a aussi montré un potentiel de diminution de la dégradabilité des protéines dans le rumen (5 à 10%). Selon ces expériences de laboratoires, le tanin de chêne a semblé efficace pour protéger les protéines à la fois dans le silo et dans le rumen.

Pour confirmer ces résultats, un essai in vivo sur 6 vaches laitières a été mené cet hiver. Les vaches ont été nourries d’une ration à base d’ensilage d’herbe, avec ou sans tanin de chêne selon les traitements. Ni la production de lait ni l’efficience azotée des vaches n’a été affectée par la présence de tanin dans l’ensilage. Par contre, nous avons observé des variations dans les excrétions : les vaches consommant des tanins rejetaient moins d’azote via les urines mais plus d’azote dans les matières fécales. Si ces résultats n’ont donc pas d’impact sur la production, ils ont, par contre, un intérêt environnemental étant donné que l’azote urinaire, très volatile, est plus dommageable pour l’environnement que l’azote fécal.

Un prochain essai, prévu sur vaches de réforme sur le site de Libramont, permettra de comparer l’ajout du tanin avant l’ensilage ou directement à la ration et de suivre les émissions de gaz à effet de serre liées aux effluents d’élevage.

 

Légende image : Le tanin de chêne, coproduit de l’industrie du bois, est ajouté lors de la mise en ballots des fourrages.

Fichiers attachés

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