Pesticides dans l’air ambiant en Wallonie : un peu de tout, partout, en faible quantité !

Alain DELVAUX
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Pesticides dans l’air ambiant en Wallonie : un peu de tout, partout, en faible quantité !

EXPOPESTEN : une première étude exploratoire évalue l’exposition moyenne de la population wallonne aux pesticides présents dans l’air ambiant.

Le premier volet de l’étude a porté sur la mesure des concentrations de 46 pesticides différents dans l’air, autour de 12 stations d’échantillonnage durant une année.  Les stations ont été sélectionnées afin d’assurer une représentativité du tissu urbain et agricole et une répartition uniforme au sein du territoire wallon.

 

Dans le cadre de cette étude, ce sont essentiellement des herbicides et des fongicides qui sont retrouvés, les concentrations mesurées étant de l’ordre du nanogramme par m³.

Les 4 localités agricoles (Gembloux, Louvain-La-Neuve, Dour et Oupeye) et la ville de Charleroi présentent les moyennes des concentrations totales mesurées sur l’année les plus élevées. La localité fruitière d’Oupeye présente les valeurs les plus élevées pour le nombre de substances actives et les concentrations moyennes totales. La station de référence du Mont Rigi (Waimes), au cœur du parc naturel des Hautes-Fagnes, affiche quant à elle, les valeurs les moins élevées pour ces critères.

Les pesticides ont été détectés tout au long de l’année mais une forte saisonnalité a été observée avec une présence quasi nulle en hiver, très élevée au printemps et plus modérée en été et en automne.  Des variations temporelles similaires ont été observées au cœur du parc naturel des Hautes-Fagnes, mais à des niveaux de concentrations et pour un nombre de pesticides plus faibles, attribuables vraisemblablement à des concentrations de fond liées au transport atmosphérique.

Les résultats mettent en évidence une présence ubiquiste des pesticides dans l’air en Wallonie.  Les fréquences de détection des pesticides sont fortement liées aux  activités de pulvérisation agricole, les concentrations étant liées aux propriétés physico-chimiques des pesticides et à leurs utilisations.

 

Le second volet a concerné l’impact de la zone de vie sur l’exposition de populations d’enfants aux pesticides. Des biomarqueurs (pesticides et/ou métabolites) ont été recherchés dans les urines des enfants.  Les résultats montrent que sur les 31 substances actives recherchées dans l’urine des enfants seulement 6 ont été retrouvées alors que des métabolites spécifiques et non spécifiques ont été fréquemment détectés, dont certains chez 100% des enfants.  Les résultats ne permettent cependant pas de mettre en évidence de lien probant entre les concentrations mesurées dans l’air et les concentrations urinaires à cause de la multiplicité des sources d’exposition.

 

Les résultats d’EXPOPESTEN constituent des données initiales de l’exposition aux pesticides en Wallonie. Ils appellent à un renforcement de nos connaissances sur l’exposition globale (via l’alimentation, l'eau et l'air) aux pesticides de la population générale, et notamment via l’étude de marqueurs d’exposition interne spécifiques.  Une nouvelle étude, PROPULPPP, à laquelle le CRA-W participe est en cours afin d’évaluer, entre autres, les risques pour les populations riveraines des champs, soumises de manière beaucoup plus directe à la dérive et à la volatilité des pesticides lors des épandages.

 

EXPOPESTEN, qui a démarré en 2014, a regroupé quatre partenaires wallons : l’ISSEP, initiateur et coordinateur du projet, le CRA-W, le Service de Toxicologie du CHU de Liège et le Comité Régional Phyto (CRP). Le CRA-W a principalement été impliqué dans la partie analytique et a également apporté son expertise agronomique et d’évaluation du risque.

 

Projet financé par les fonds de la loi Moerman

Fichiers attachés

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