Quel avenir pour le marronnier en Belgique ?

Alain BULTREYS
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Quel avenir pour le marronnier  en Belgique ?

le marronnier en Belgique

Le marronnier commun, Aesculus hippocastanum, aussi appelé le marronnier d’Inde (mais en fait originaire des Balkans), est un arbre très apprécié pour son allure majestueuse. Il est utilisé en alignement en bordure de voiries, ou bien isolé ou en petits groupes comme espèce ornementale dans les parcs, jardins publics ou privés, cours d’école, lieux commémoratifs ou même cimetières. La population lui porte généralement un attachement certain. L’avenir du marronnier commun est cependant hypothéqué par plusieurs problèmes phytosanitaires récents. A côté du problème de la mineuse des feuilles qui dégrade de façon précoce son feuillage en cours de saison, une maladie bactérienne apparemment nouvelle, causée par une bactérie pathogène de l’espèce Pseudomonas syringae, provoque des chancres et des décollements d’écorce sur le tronc et les charpentières principales. Ces attaques bactériennes peuvent provoquer la mort d’un arbre en quelques années. Elles ont également été constatées aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans le nord de la France. La maladie complique le travail des gestionnaires de plantations confrontés d’une part à l’attachement de la population à cette espèce, et d’autre part à l’incertitude sur l’avenir des plantations en place et des nouvelles plantations éventuelles. C’est en fin 2004 qu’une demande d’expertise de la Région bruxelloise a été introduite au CRA-W. Les problèmes à Bruxelles sont aigus car le marronnier a abondamment été planté sur des sites, parfois classés, où il participe à la perception esthétique de la ville par sa population, mais aussi par ses visiteurs. Ainsi, les tensions entre riverains et administration y sont particulièrement vives quand il s’agit de remplacer des plantations existantes. Réalisée avec l’aide de la Région bruxelloise ainsi que du Ministère wallon de l’équipement et des transports et des espaces verts de communes wallonnes, l’étude du CRA-W a permis d’établir l’implication de Pseudomonas syringae dans la maladie. En Wallonie, des cas ont ainsi été constatés dans les régions de Mouscron, La Louvière (le long du site classé du Canal du Centre), Charleroi, Gembloux, Namur et Liège, mais la maladie n’a pas été décelée à ce jour en Ardenne et en Gaume. Pseudomonas syringae est une espèce bactérienne hétérogène divisée en nombreux pathovars à spectre d’hôtes généralement restreint. Les analyses des souches belges isolées d’Aesculus hippocastanum indiquent une proximité génétique et une similitude de virulence sur Aesculus hippocastanum avec les souches de Pseudomonas syringae qui attaquent le feuillage d’Aesculus indica (le véritable marronnier d’Inde). Elles présentent également une surprenante proximité génétique avec certaines souches attaquant le cerisier, par ailleurs étudiées depuis longtemps au CRA-W. Une prochaine convention de recherche subsidiée par la Région bruxelloise visera une meilleure connaissance du pathogène, de son écologie, des voies de contamination initiale des arbres, de la virulence des souches et des sensibilités variétales, permettant une gestion réfléchie des plantations actuellement en place, et la relance sereine des plantations de jeunes marronniers. La caractérisation des risques encourus et la proposition de solutions limitant ceux-ci dégageront les voies les plus en adéquation avec à la fois les besoins techniques des gestionnaires de plantations et les aspirations esthétiques de la population.

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