Identifier les mesures adaptées pour réduire la dérive des pesticides
Quelles mesures concrètes mettre en œuvre pour limiter la dispersion des produits phytopharmaceutiques et protéger les riverains des zones agricoles en Wallonie ?
Contexte
Des études menées en Wallonie dans le cadre des projets EXPOPESTEN et PROPULPPP ont mis en évidence la présence de résidus de pesticides dans des lieux de vie situés parfois à plusieurs kilomètres des parcelles traitées. Ces résultats confirment l’ampleur du phénomène de dérive de pulvérisation, qui constitue une voie majeure de dispersion des produits phytopharmaceutiques (PPP) dans l’environnement.
Cette dérive peut prendre deux formes principales. La dérive sédimentaire résulte du transport des gouttelettes de pulvérisation par le vent lors de l’application, tandis que la dérive gazeuse est liée à la volatilisation des substances actives pendant ou après leur épandage.
Dans ce contexte, le Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W), en partenariat avec l’Institut scientifique de service public (ISSeP) et le Service Opérationnel du Collège des Producteurs (SOCOPRO), a été chargé de développer un outil capable de proposer des mesures opérationnelles adaptées à mettre en œuvre sur le terrain afin de réduire l’exposition des riverains aux PPP.
Objectifs
Ce projet vise à réduire les risques liés à l’exposition des populations riveraines des zones agricoles aux PPP.
Il s’articule autour des objectifs suivants :
- Proposer une boîte à outils qui centralise et documente les différentes mesures de remédiation identifiées dans les études antérieures (ex : PROPULPPP) afin de limiter l’exposition des riverains aux PPP. Chaque mesure se présente sous la forme d’une fiche technique détaillée comprenant une description de la méthode, une analyse de ses avantages et contraintes pour les agriculteurs et les riverains, ainsi qu’une évaluation économique ;
- Développer un outil cartographique fondé sur les mesures décrites dans la boîte à outils, afin de proposer des solutions adaptées aux contextes locaux. Ces recommandations tiennent compte de la proximité entre habitations et parcelles traitées, des caractéristiques des cultures et des modalités d’application des PPP ;
- Tester et évaluer l’efficacité de l’outil sur le terrain à travers des essais réalisés dans des zones pilotes en Wallonie identifiées comme particulièrement exposées aux pesticides. La sélection de ces zones repose sur une carte développée par l’ISSeP intégrant la charge en PPP, la densité de la population et la direction des vents dominants ;
- Contribuer à l’évaluation de l’impact économique de la généralisation de ces mesures au niveau Régional par restitution aux autorités des coûts identifiés pour chaque mesure, ainsi que les surfaces concernées, afin d’estimer les implications d’une mise en œuvre généralisée.
Boîte à outils
La boîte à outils est structurée autour de 6 leviers :
- Mesures de prévention : actions à mettre en œuvre en amont d’une pulvérisation ;
- Matériel et techniques : matériel autorisé en Wallonie permettant de réduire la dérive, ainsi que les techniques de pulvérisation visant à diminuer encore davantage le risque ;
- Conditions de pulvérisation : conditions météorologiques optimales pour entreprendre une application de PPP ;
- Mesures d’obstacle : dispositifs artificiels ou naturels jouant un rôle de barrière entre la parcelle traitée et la zone riveraine à protéger. Ces obstacles permettent d’une part de réduire la vitesse du vent au sein de la parcelle et d’autre part d’intercepter en partie les gouttelettes dérivantes ;
- Mesures de distanciation : ensemble des couverts et cultures subsidiés via le premier pilier (éco-régimes) ou le second pilier (MAEC) de la PAC, intégrant dans leurs conditions une réduction ou une interdiction de l’utilisation des PPP. Implantées en bordure des zones riveraines (par exemple sous forme de bandes de culture), ces mesures permettent d’intégrer une distanciation et ainsi de limiter les dépôts vers ces zones ;
- Mesures de conversion : repose sur une stratégie de conversion de parcelles visant à éloigner les cultures dépendantes des traitements phytosanitaires des zones sensibles (écoles, zones riveraines, …), au profit de cultures à faibles intrants, telles que des prairies, des parcelles aménagées, … pouvant par ailleurs bénéficier de subsides (MAEC ou éco-régime) ;
Partenaires
Collège des Producteurs
ISSeP