Contexte
L’utilisation intensive des produits phytopharmaceutiques (ou Produits de Protection des Plantes – PPP) est une réalité dans nos campagnes qui motive la volonté de mieux encadrer leur utilisation, et de réduire la consommation qu’on en fait grâce aux « Plans d’action » mis en place au niveau fédéral ou régional.
Si des normes ont été établies pour l’alimentation et l’eau potable et permettent de contrôler la conformité des denrées et de l’eau, aucune norme règlementaire n’existe pour contrôler la présence des pesticides dans l’air que nous respirons. De plus, malgré les directives et les bonnes pratiques dont font preuve les utilisateurs de PPP, la dispersion des pesticides dans l’environnement reste encore très peu maitrisée. La contamination de nos milieux de vie est donc généralisée et les risques pour la biodiversité et la santé humaine est une réalité de moins en moins contestée.
En Union européenne, l’approbation de la mise sur le marché et les modalités d’application des pesticides sont soumises à une procédure harmonisée destinée à prévenir les effets des pesticides sur l’environnement (règlement EC 1107/2009). Le modèle prédictif de l’exposition des « résidents », employé lors de l’approbation des substances, qui utilise des valeurs par défaut, permet de couvrir raisonnablement le risque « riverains ».
En ce qui concerne l’EFSA, les concentrations maximales acceptables dans l'air sont déterminées par l'AOEL (Acceptable Operator Exposure Level) et les valeurs limites toxicologiques. Pour les résidents, l’EFSA évalue le risque « long terme », spécialement pour une exposition par inhalation.
Le Gouvernement Wallon a adopté le 14 juin 2018, un arrêté relatif à une application des pesticides compatible avec le développement durable. Les mesures prévues par ce texte sont destinées, entre autres, à assurer une meilleure protection des publics vulnérables ou qui vivent et travaillent en bordure de parcelles agricoles. L’ensemble de ces règlements vise à réduire l’utilisation des PPP et donc leur dispersion dans l’environnement et ainsi protéger la santé des populations et des écosystèmes.
Cependant, des études menées en Wallonie, via les projets EXPOPESTEN et PROPULPPP, indiquent la présence de nombreux pesticides dans l’air ambiant, que ce soit en ville ou à la campagne, tout au long de l’année. Le projet EXPOPESTEN a également montré que les populations qui vivent dans les communes de typologie agricole sont 2 à 8 fois plus exposées aux pesticides atmosphériques que les populations qui vivent dans des localités plus éloignées de l’agriculture. D’autre part, les résultats du projet PROPULPPP ont mis en avant que les riverains des champs traités sont plus exposés aux pesticides lors des épisodes de pulvérisations, à cause des phénomènes de dérive et de volatilisation durant et après la pulvérisation.
Il est donc recommandé de surveiller leurs concentrations, en particulier autour des cultures spécifiques où ils sont utilisés ainsi que dans les zones habitées qui jouxtent les zones d’épandages. Cette surveillance des pesticides dans l’air et les dépôts atmosphériques permettra de mieux appréhender les possibles contaminations des populations et les risques pour leur santé. Enfin, cela permettra in fine le développement et l’évaluation d’une politique de gestion proportionnée des risques liés aux pesticides.
Objectifs
Ce projet est consacré à la mesure des pesticides dans l’air et les dépôts atmosphériques en bordure de cultures spécifiques (ex. vergers).
Les objectifs de ce projet visent à répondre aux questions suivantes :
- Quelles sont les pesticides présents et leurs concentrations en bordure de ces cultures spécifiques ? Il s’agira d’acquérir des données factuelles sur la présence de PPP dans l’air et les dépôts atmosphériques aux abords de ces cultures spécifiques durant et à la suite des pulvérisations, compte tenu des moyens de protection utilisés (buse anti-dérive, barrière physique, …)
- Quelle est l’exposition aux PPP des populations riveraines de ces cultures spécifiques et les risques pour leur santé ? Une évaluation de l’exposition et des risques pour les riverains sera réalisée sur base des données de mesure acquises.
- Le modèle de l’EFSA utilisé par le SPF et l’UE pour l’agréation des PPP et des substances actives est-il suffisamment précautionneux pour ces cultures spécifiques ? Le risque « riverains » calculé à l’aide du modèle de l’EFSA sera confronté au risque « riverains » calculés à l’aide des données de mesure en bordure des cultures spécifiques, afin de vérifier si les hypothèses du modèle sont suffisamment précautionneuses.
- La règlementation wallonne actuelle (AGW 14/06/2018), établies sur base d’hypothèses relatives aux grandes cultures, est-elle également suffisamment précautionneuse en bordure de ces cultures spécifiques ? Cette question sera évaluée en analysant les concentrations en PPP dans les différentes matrices en considérant les mesures imposées (ex.: pourcentage de réduction de la buse anti-dérive ; zones tampons ; …). Par la suite, le cas échéant, des recommandations seront faites pour réduire l’exposition aux PPP des riverains et des écosystèmes lors des traitements phytosanitaires.
Description des tâches
Benchmarking des PPP utilisés en cultures spécifiques en Wallonie, leurs méthodes de pulvérisation et les législations appliquées pour leur utilisation (EU, Be, RW) :
- Inventorier les cultures spécifiques en Wallonie (superficie)
- Inventorier les PPP utilisées sur les cultures spécifiques, ainsi que leurs méthodes de pulvérisation, et la quantité estimée
- Analyser la législation, à propos des autorisations (substance active et PPP) et des réglementations en termes de pulvérisation (application des PPP) pour les cultures spécifiques.
Méthodologie :
Détermination et mise en place d’une méthodologie d’étude des pesticides dans l’air et les dépôts atmosphériques sur base des études antérieures et des informations récoltées en étape 1.
Il s’agira de :
- sélectionner la culture spécifique (zone d’étude)
- définir les PPP à analyser
- établir un plan d’échantillonnage (nombre de prélèvements, fréquence, distance, …)
Echantillonnage et analyse des pesticides dans les échantillons :
Mise en place des préleveurs d’air et des capteurs passifs ;
Prélèvements des échantillons selon la méthodologie déterminée en étape 2.
Un total d’environ 100 échantillons par campagne d’échantillonnage a été estimé.
Analyses des résultats et rédaction du rapport :
L’analyse des résultats obtenus à la suite des 2 campagnes permettra de calculer les concentrations en pesticides aux différents points de mesure du plan d’échantillonnage.
Il s’agira également d’évaluer le risque pour la santé humaine et déterminer l’adéquation des réglementations mises en place pour les grandes cultures avec la culture spécifique étudiée dans ce projet.
Résultats attendus
Evaluer les mesures réglementaires actuelles
Proposer de nouvelles mesures ou adapter les mesures actuelles
Contribution du CRA-W
Les résultats ainsi obtenus seront ensuite interprétés et diffusés en collaboration avec les autres partenaires impliqués.
Principaux partenaires
ISSeP : Sophie Crèvecoeur, Pablo Padilla
Financement : PWRP3 - Ministère de l’Environnement, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité et du Bien-être animal - Mesure 3.1.1.1. Suivi des pesticides autour de cultures spécifiques















