Elevage ovin en diversification des élevages bovins

Virginie DECRUYENAERE
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Figure 1 : Répartition du travail / Figure 2 : Proportion de refus

Elevage ovin en diversification des élevages bovins

Contexte

Dans les élevages allaitants, l’herbe pâturée est un aliment de base intéressant : les animaux la prélèvent seuls et les performances permises sont de loin les plus économiques (0.40 à 0.49 € par animal par jour selon qu’il s’agit de génisses ou de taurillons). Lors d’essais précédemment menés, nous avons démontré que des génisses au pâturage pouvaient réaliser un gain quotidien moyen de l’ordre de 0.750 kg, performance tout à fait compatible avec une mise à la reproduction précoce. De même, moyennant une légère complémentation (1 kg par animal par jour), les performances à l’herbe de taurillons en croissance peuvent atteindre 0.850 à 1 kg/jour.Afin d’atteindre le niveau ces niveaux de performances, il est nécessaire d’assurer, de manière continue, la fourniture d’une herbe de qualité, en quantité suffisante. Or ces deux paramètres évoluent de manière saisonnière ou cyclique. Ainsi, dans le cas du pâturage tournant, les quantités offertes, tout comme la qualité, ne cessent de décroître dés l’entrée dans une nouvelle parcelle. Pour assurer le niveau de croissance voulu, les animaux ne devraient rester qu’un temps limité sur la parcelle. Dans cette optique, les quantités d’herbe résiduelles importantes qu’ils laisseraient derrière eux pourraient nuire à la pérennité de la prairie (installation d’espèces indésirables et de moindre valeur, dégradation du couvert, …).

Au pâturage, le comportement des ovins est différent et complémentaire à celui des bovins. Les ovins broutent généralement plus bas et, vu la taille plus petite des bouchées prélevées, ces derniers ont une plus grande capacité de sélectionner leur ration. Jouer sur cette complémentarité ‘ovin-bovin’ pourrait permettre à la fois d’assurer de bonnes performances zootechniques tout en maintenant la qualité de la prairie à son optimum.

Objectifs

L’objectif de ce projet était de définir des modes de gestion du pâturage permettant de concilier le maintien de bonnes performances zootechniques couplées à une bonne exploitation de la pâture.  C’est dans ce cadre que des essais associant des ovins et des bovins au pâturage ont été mis en place.   L'association envisagée regroupe des génisses allaitantes et des brebis suitées dans des systèmes de pâturage mixte alterné (Leader Follower) ou mixte simultané. Ces 2 modalités ont été comparées au pâturage séparé de ces 2 espèces animales. Une telle diversification devrait également permettre le développement de la production de viande ovine.  Elle apparaît comme une alternative intéressante car la Belgique n'est pas auto-suffisante dans ce secteur et ce type de spéculation ne souffre d'aucune connotation négative auprès du consommateur, les prix se maintenant dès lors. Outre des avantages économiques, une telle association au pâturage peut également aboutir à une gestion plus simple du parasitisme gastro-intestinal, la contamination des bovins se déroulant principalement lorsqu’ils sont obligés de raser les prairies.La charge de travail supplémentaire et l’impact environnemental d’une telle association ont également été évalués. 

Résultats obtenus

Gestion de L’atelier ovin Dans le cadre de ce projet, nous avons travaillé avec un mouton d’herbage : le ‘Swifter’. Ses principales caractéristiques sont une prolificité élevée, une longue période de reproduction, une bonne production laitière et une production d’agneaux d’assez bonne conformation. Le Swifter est une race très maternelle qui agnèle facilement (majorité des agnelages en mars).Les paramètres de reproduction du troupeau, composé en moyenne de 10 primipares et de 40 multipares, sont caractéristiques de la race. La prolificité est élevée avec 1.84, 2.64, et 2.92 agneaux nés par mise-bas respectivement pour les primipares, pour les brebis en 2ème et 3ème années d’agnelage.En bergerie, les agneaux ont réalisé en moyenne sous leur mère, et avec du foin pour toute complémentation, 230 g/jour, ce qui témoigne du bon niveau de production laitière des mères. Les charges de travail supplémentaires liées à l’introduction des brebis sur l’exploitation sont liées aux activités d’élevage (agnelages) comme l’illustre la figure 1.  Durant l’année, les opérations de parage des onglons (1 à 2 journées), de vermifugation des animaux (3 à 4 journées), de surveillance du troupeau, de regroupement des individus (préparation à la reproduction, tri des agneaux…), d’entretien des clôtures, de réalisation des stocks de fourrages  sont autant d’opérations qu’il faut également prendre en compte. 

Performances au pâturage et modes d’exploitation de la prairie Au pâturage, différentes modalités ont été comparées, le pâturage séparés des bovins : génisses Blanc Bleu Belge en pâturage continu (Gc) ou en pâturage tournant sur 3 ou 4 parcelles(Gp) et des ovins : groupe mère-agneaux en pâturage continu (Mc); le pâturage mixte simultané (Mx) et le pâturage mixte alterné (Lf), les brebis succédant les génisses sur les parcelles.  Le pâturage des modalités Mx et Lf est organisé sur 4 ou 6 parcelles.Au cours de la 1ère saison de pâturage (2004), tous les systèmes mis en place se voulaient identiques du point de vue du chargement à la mise à l’herbe (soit 2,9 à 3,1 UGB totales/ha).  Pour les saisons de pâturage suivantes (2005, 2006),  nous avons travaillé à chargement bovin identique (soit 2.8 à 2.9 UGB /ha) et les ovins sont venus s’ajouter aux bovins pour atteindre le chargement de 3.6 à 3.8 UGB totales/ha pour les modalités mixtes.Par rapport à la saison de pâturage 2004, l’augmentation du chargement n’a pas influencé les performances des génisses des systèmes mixtes. Aucune différence entre type de pâturage n’a été relevée, les croissances moyennes varient de 0.657 à 0.705 kg/jour pour tous les types de pâturage considérés.  Pour ce qui est de la croissance des agneaux sous leur mère, on remarque un effet significatif lié à l’année (GQM = 371, 229 et 184 g/jour respectivement pour 2004, 2005 et 2006). L’hypothèse la plus plausible de la diminution des performances des agneaux avec l’année reste la taille de la portée allaitée par la brebis. Le nombre d’agneau par portée allaitée a été, en moyenne, de 1.75, 2.06 et 2.51, pour 2004, 2005 et 2006. En conséquence, plus le nombre d’agneaux allaités augmente, plus les performances sont basses. Le mode de pâturage a significativement influencé les performances des agneaux. Les performances des agneaux du pâturage mixte simultané sont supérieures avec en moyenne, une croissance de 269 g/jour de la mise à l’herbe au sevrage. La croissance observée pour les systèmes continu et mixte alterné est inférieure d’environ 40 g par jour. La reprise de poids des brebis et agnelles est significativement influencée par le mode de pâturage. Ainsi, en août, les brebis du système Mx sont significativement plus lourdes tandis que les brebis du système Lf sont les plus légères, leur gain de poids étant nul à négatif entre le sevrage et la pesée du mois d’août. Ces performances moindres peuvent en partie être expliquées par une qualité moindre de l’herbe que les brebis n’arrivent pas à compenser en ingérant plus.Pour ce qui est des caractéristiques de la prairie, c’est au niveau de la surface occupée par les refus que l’impact de l’introduction des brebis se marque le plus. On note une diminution nette de la proportion de refus dans les systèmes mixtes par rapport aux systèmes séparés (Figure 2). Si, en moyenne pour les 3 années de suivi, les surfaces occupées par les refus sont de 15,1 et 12,4 % pour Gc et Gp, elles ne sont plus que de 6,1 et 1,1 % respectivement pour Mx et Lf. Notons également une régression de la proportion de trèfle blanc dans les systèmes pâturés en mode continu. 

infestation parasitaire et mode d’exploitation de la prairie Le niveau d’infestation parasitaire a été évalué au moyen du dosage du pepsinogène sanguin et par un examen coproscopique.En juillet 2004, pour le système Mx (chargement total au pâturage de 3,1 UGB/ha et un rapport ovin-bovin de 1,3), le taux de pepsinogène des génisses était inférieur à celui des génisses des autres systèmes de pâturage. C’est également à ce moment que les coproscopies des génisses du lot Gp s’avèrent être les plus hautes et leurs performances zootechniques les plus basses. On peut donc penser que, dans ces conditions, les brebis jouent bien leur rôle de nettoyage des prairies des parasites bovins.En juillet 2005 et 2006, avec un chargement total au pâturage plus élevé (3,6 UGB/ha) et un rapport ovin-bovin inchangé, nous obtenons les résultats inverses. Pour le pâturage Mx, l’augmentation du chargement au pâturage a probablement entraîné une plus forte compétition entre les 2 espèces.  Les génisses ont été obligées de pâturer plus ras, comme en témoignent les hauteurs de sorties de parcelles inférieures, avec en conséquence une pression parasitaire supérieure.L’association n’a pas eu d’effet sur le taux d’infestation parasitaires des ovins, lequel était particulièrement bas au cours des 3 saisons de pâturage suivies.L’effet ‘nettoyeur’ des brebis dépendrait donc avant tout du chargement au pâturage et des conditions climatiques et, dans le cadre des systèmes mixtes, du mode de pâturage. Si les bovins sont obligés de brouter ras (cas d’année avec moins de disponibilité en herbe par exemple), la présence des moutons ne semble avoir que peu d’influence sur l’infestation des bovins. 

Pression environnementale des differents systemes de paturage Afin d’évaluer la pression environnementale, des échantillons de sols (0 à 30 cm) ont été prélevés dans chaque parcelle pâturée à la fin de la saison de pâturage (quinze derniers jours d’octobre). La teneur en nitrates (N-NO3- en kg/ha) des échantillons a été déterminée.Notons d’emblée la grande variabilité interannuelle des résultats (valeurs moyennes minimale et maximale de 14 à 40 kg de NNO3- par ha en fonction de l’année).En moyenne pour les 3 années de suivi, c’est pour le pâturage Gc que les reliquats d’azote dans le sol sont les plus élevés (50 kg/ha).Les reliquats observés pour le pâturage Mc sont particulièrement bas avec quelques 7 kg/ha.

Dans les gammes de chargements étudiés, l’association ovin-bovin n’a eu que peu d’impact sur l’azote potentiellement lessivable en arrière saison (reliquats des systèmes mixtes en moyenne inférieurs à 40 kg/ha).

Partenaires

Région Wallonne - D33 : accompagnement.

Eleveurs locaux : mise à disposition des animaux expérimentaux.

Coordinateur hors CRA-W

Ir. Virginie Decruyenaere

CRA-W – Section Systèmes agricoles

Rue de Serpont, 100

B-6800 Libramont-Chevigny

Tel. : +32 (0)61 23 10 10

Fax : +32 (0)61 23 10 28

Email : decruyenaere@cra.wallonie.be

Financement

  • SPW - DGARNE

Equipe

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