Gestion du milieu naturel et de l'espace rural

Gestion du milieu naturel et de l'espace rural

Contexte

Les attentes de la société vis-à-vis de l’agriculture ne cessent de s’élargir. Si le rôle premier qui lui est attribué reste la production de biens alimentaires, ce résultat ne peut être atteint n’importe comment et par n’importe quel moyen. Une attention toute particulière est apportée aux pratiques respectueuses du bien-être animal et de l’environnement. Une amélioration de ces externalités peut être le support à une valorisation du produit dans le cadre de filière de qualité différenciée. Hormis cette fonction de production, à laquelle sont rattachées ces externalités, de nouvelles voies, principalement tournées vers un service à la collectivité, sont proposées aux agriculteurs. Ces nouvelles fonctions doivent concourir au développement multifonctionnel du territoire de la zone d’étude, reprenant la Province du Luxembourg (Belgique), le Grand Duché du Luxembourg et les Départements de la Meuse,de la Moselle et de la Meurthe et Moselle en France, où s’entremêlent zones rurales et bassins de population dense.

Objectifs

Après une phase de diagnostic, la Section Systèmes agricoles du CRA-W est impliquée dans l’accompagnement de trois des actions suivies par le projet (www.inst-elevage.asso.fr/html26). La première, dont les résultats seront développés ci-après, trouve racine dans la région Jurassique, située entre l’Ardenne Belge et la Lorraine Française. Elle est caractérisée par un contexte pédoclimatique bien distinct qui, historiquement, a donné lieu à la mise en place de pratiques agricoles beaucoup plus extensives qu’au nord de la forêt Ardennaise. Pratiques qui ont conduit à l’émergence d’une forte biodiversité et donné lieu à l’intégration de plus de 28 % de la surface de cette région dans le réseau NATURA 2000. Proportion qui, pour les prairies, atteint les 50 % pour certaines des communes considérées. De plus l’arrondissement de Virton compte plus de 15% de la SAU reconvertie en bio. Enfin les pratiques d’élevage y ont amené une présence accrue des races françaises plus rustiques et de troupeaux croisés. L’objectif de cette action est d’articuler cette contrainte environnementale forte, qui va limiter l’évolution des pratiques qui pourront être développées sur cette zone, en une opportunité économique au travers de la co-construction, avec l’ensemble des acteurs impliqués, d’une viande bovine de qualité différenciée traduisant ces enjeux agri-environnementaux. Ce projet est porté, sur le terrain, par le CDR d’Ansart et le GAL Cuestas, cofinancé dans le cadre du programme Leader +. La seconde action vise à évaluer et comparer les outils permettant de quantifier les externalités et le caractère durable des exploitations agricoles sur les axes économique, environnementale et social. La dernière action a pour objectif de caractériser plus finement les exploitations à temps partiel et les pluriactifs en agriculture, et ce du point de vue de leur importance, de leur projet professionnel et de leurs pratiques.

Résultats obtenus

le Bœuf des Prairies Gaumaises

Phase 1 : Prendre prise sur le projet

La première activité visait à permettre aux différents acteurs en présence - du producteur au consommateur-citoyen - de prendre prise sur le ‘bœuf’ et sur ses implications en terme de système de production ainsi que de produit. Ce fut l’occasion de mobiliser le savoir faire développé en France, à quelques kilomètres de notre référentiel Blanc Bleue Belge, en terme de production et de commercialisation de viande de bœuf. Toujours en vue de permettre aux acteurs de prendre prise sur le projet, mais cette fois sur sa dimension territoriale, c’est une rencontre et un débat, entre éleveurs, naturalistes, chercheurs, …, sur la diversité des prairies présentes sur la zone d’intérêt qui ont été mis en place au travers de la visite de différentes prairies allant de la réserve naturelle, en zone marécageuse, à la prairie sèche sur sol drainant en passant par la prairie alluviale de fauche. Au sein de chacune d'entre elles, les points de vue de l’éleveur qui l’exploite, des naturalistes qui dictent les règles de conduite à tenir sur certaines d'entres elles, et des agronomes ont été recueillis afin de pouvoir se prononcer sur la valeur ‘Nature’, ‘Agronomique’ et ‘Paysagère - Structurante’ de ces prairies.

Phase 2 : Explorer, s’enrichir de l’existant

Suite à l’identification d’expériences visant à articuler ‘production et territoire’, en collaboration avec l’équipe de l’Institut de l’Elevage, nous en avons retenu et exploré deux plus en profondeur. Il s’agit de ‘l’Eleveur et l’Oiseau’, d’une part, et de l’AOC ‘Maine d’Anjou’, d’autre part. L’analyse de ces expériences nous permet de mettre en avant les points suivants pour le développement du projet ‘Bœuf des Prairies Gaumaises’ : (1) Bien que l’on se trouve dans un contexte fort similaire à celui rencontré par le projet ‘l’Eleveur et l’Oiseau’, avec le maintien de pratiques extensives favorables au développement de la biodiversité dans les zones NATURA 2000, on désire, tout comme dans le cadre de l’AOC Maine d’Anjou, traduire cet effort réalisé au niveau du système de production; effort défini en collaboration avec les consommateurs; par une différence gustative au niveau du produit fini. (2) Tout comme dans le cadre de cette AOC également, un effort important de définition d’un territoire d’action pertinent a dû être réalisé et une approche cohérente sur l’ensemble de l’exploitation est recherchée.

Phase 3 : Le projet prend corps

Suite à une réunion visant à valider les objectifs poursuivis par le projet avec l’ensemble des acteurs présents sur le territoire, les lignes directrices du projet ont été dessinées parallèlement par deux groupes : un groupe mixte de consommateurs et naturalistes et un groupe ayant pour mission d’explorer les possibles du côté de la production. Pour atteindre cet objectif une typologie des systèmes de production présents sur le territoire a été réalisée avant d’étudier les performances technico-économiques qu’aurait l’adjonction d’un atelier de production de bœufs ou de vaches de réformes sur les systèmes ainsi définis.

Typologie des exploitations

Onze types ont été identifiés sur base (1) de l’importance de l’atelier ‘lait’, (2) du chargement et (3) de la taille de l’exploitation. L’inclusion d’ateliers ‘croissance – engraissement’, basés sur la valorisation des fourrages produits sur les zones de haute valeur écologique, au sein des groupes identifiés peut être problématique lorsque : 1) la taille des structures est déjà trop importante que pour adhérer à un atelier supplémentaire. Cependant, une fois analysée avec les éleveurs, cette contrainte ne semble pas être un frein réel : seuls quelques animaux seront concernés au sein de chaque exploitation et les alternatives envisagées - le boeuf ou la vache de réforme - se caractérisent par la simplicité de leur conduite. 2) le niveau d’intensification des systèmes qui peut les rendre moins souples pour adhérer à des conduites plus extensives de leurs surfaces fourragères excepté s’ils y sont obligés, notamment dans le cadre du programme NATURA 2000. La mise en place de systèmes avec une gestion à deux vitesses, une partie gérée intensivement et une partie gérée extensivement, questionne cependant la manière dont pourra s’organiser la communication et la crédibilité du produit. 3) le chargement est proche du seuil des 1,4 UGB/ha de prairie qui permet d’accéder à la prime agri-environnementale correspondante. En effet, bien que ces systèmes soient en phase avec les objectifs du projet, l’atelier de ‘bœufs’ risque d’accroître les chargements limitant dès lors l’accès aux primes correspondantes. Par contre, le choix de s’orienter vers des animaux d’une conformation moins bien valorisée sur le marché et plus apte à déposer du gras intra-musculaire et donc à développer une saveur particulière, plutôt que vers une race permettra d’intégrer des animaux issus du croisement d’une race à viande sur une race laitière. Cela représente une alternative pour assurer la survie de petits ateliers laitiers.

La rentabilité d’un atelier ‘bœufs’

La rentabilité d’un atelier de production de ‘bœuf’ fut modélisée sur base des données technico-économiques locales tout en intégrant les performances possibles suite à la valorisation de fourrages issus de prairies naturelles ou de haute valeur biologique et ce, par des animaux de race à viande ayant une moindre conformation que les BBB. La marge dégagée n’est pas extraordinaire mais est fortement tributaire du cours du maigre ainsi que de la plus-value que permettra d’obtenir la différentiation du produit. Cependant, pour les éleveurs, la production de bœuf garde tout son attrait car permet de valoriser des animaux qui le sont mal dans la filière conventionnelle (animaux moins conformés) tout en assurant une meilleure homogénéité du produit final par rapport à une filière femelle. De plus, la castration entraîne une irréversibilité et une forte implication des acteurs alors que la filière femelle pourrait refléter des comportements plutôt opportunistes.

Phase 4 : La définition du cahier des charges

Une fois les possibilités des producteurs et les sensibilités des consommateurs-citoyens identifiées; à savoir, traduire au travers d'un produit de qualité (1) l'attachement à la Gaume pour des raisons liées à la biodiversité, aux consommateurs et aux producteurs, (2) une contrainte environnementale qui tourne autour de la période de fauche et de la charge en bétail afin de favoriser avi- et entomofaune, et (3) une contrainte d'équité sur l'accès au marché liée à l'engagement des éleveurs à l'égard de l'environnement, avec le maintien des différents modèles d'éleveurs (conventionnel, extensif, accessoire) présents sur le territoire; elles ont été codifiées dans un cahier des charges qui permet la production d'une viande de goût, qui associe durablement des éleveurs, un territoire et des consommateurs. 

Contribution

Section Systèmes agricoles :

* alimentation des réunions de producteurs et consommateurs dans le cadre du projet ‘bœuf des prairies gaumaises’ : typologies des prairies et systèmes agraires, modélisation technico-économique des ateliers ‘bœufs’, animation des dégustations de viande.

* implication dans la comparaison des outis permettant de quantifier les externalités des sytèmes agraires.

* typologie et caractérisation des agriculteurs pluri-actifs.

* participation à la rédaction du cahier des charges.

 

 

Partenaires

P. Stassart – ULg – SEED (B).

H. Hanus et L. Roussel – CUESTAS (B) avec le soutien du programme Leader+ (CEE et RW).

R. Lioy – CONVIS (FHL-L).

B. Morhain – Institut de L’élevage (F).

N. Lebrun – Chambre d’Agriculture de Meurthe et Moselle (F).

D. Stragier - Chambre d’Agriculture de Moselle (F).

P. Peeters – SPIGVA (B).

Coordinateur hors CRA-W

B. Morhain

Institut de l’Elevage, Nancy (F),

bernard.morhain@inst-elevage.asso.fr

www.inst-elevage.asso.fr/html26/

Financement

  • CE - Politique régionale - INTERREG III
  • SPW - DGARNE

Equipe

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