Lutte intégrée : quand le cultivateur se fait stratège

Lutte intégrée : quand le cultivateur se fait stratège

Limaces, mauvaises herbes, champignons, insectes, bactéries, rongeurs,… : ils sont nombreux, les organismes nuisibles aux plantes cultivées ! La lutte intégrée ne cherche pas leur éradication, mais les tient en respect en tirant parti tant de pratiques ancestrales que des outils les plus modernes des sciences du vivant.

Cultiver, ce n’est pas faire le vide des toutes les espèces vivantes à l’exception d’une seule. Les adeptes de cette idée ont cru pouvoir vider les campagnes des organismes nuisibles aux cultures grâce aux produits phytopharmaceutiques. Mais la nature a plus d’un tour dans son sac : à la pression des pesticides, beaucoup d’espèces ont développé une résistance conduisant bientôt à l’inefficacité de certains traitements. Pire encore : à cause de la disparition de leurs ennemis naturels, des ravageurs d’importance négligeable se sont mis à pulluler et à commettre des dégâts inédits : l’agriculture sous le « parapluie phytosanitaire » s’est avérée illusoire. Le parasitisme, la prédation, l’antagonisme entre les organismes vivants s’imposent comme autant de phénomènes naturels pouvant être exploités pour éviter ou amortir la confrontation brutale entre la culture et ses ennemis. Les pratiques agricoles empiriques, comme le labour ou les rotations, sont analysées quant à leurs effets sur l’interaction entre les organismes nuisibles et les plantes cultivées. Enfin, le génome des plantes est exploré comme un réservoir de gènes de résistance aux maladies et aux ravageurs.

La lutte intégrée se sert de tous les leviers, privilégie les mesures préventives et développe des stratégies économes en intrants. Elle n’exclut pas le pesticide, mais ne le considère pas comme un facteur de production : un traitement n’est recommandé qu’en réponse aux dépassements de niveaux de risque ou « seuils de tolérance » déterminés sur base expérimentale. Elle cherche à n’utiliser que les produits compatibles avec le système dans son ensemble.

La lutte intégrée se fonde sur la connaissance. Elle progresse à petit pas, en s’appropriant les progrès utiles dans toutes les disciplines : génétique, phytopharmacie, mécanique, écologie, etc. Elle nécessite des agronomes proches du terrain, crédibles aux yeux des producteurs, abordant les problèmes dans leur globalité et capables de déterminer des plans d’action concrets.

La lutte intégrée nécessite des observations régulières sur le terrain. Ce n’est qu’au prix d’une confrontation continue avec la réalité observée que les modèles prévisionnels peuvent évoluer et conserver leur validité. Ce n’est qu’en vérifiant chaque année leur pertinence que des avertissements émis par les différents services d’aide à la décision peuvent conserver leur crédibilité.

En Wallonie, les avertissements aux agriculteurs sont rédigés par des spécialistes de chaque matière traitée (maladies, ravageurs, etc). Chacun d’eux analyse les observations de correspondants-observateurs appartenant à des institutions diverses (services provinciaux ou régionaux, centres de recherches ou universités), mais organisés de manière à couvrir le territoire et à uniformiser les procédures d’observation. Les avis décrivent la situation observée dans un réseau de champs d’observation. Ils attirent l’attention sur les risques, rappellent les enjeux et émettent des conseils. Ces avis ne se substituent pas à l’agriculteur. Plus qu’un service d’aide à la décision, ces avis sont une aide à la réflexion pour l’agriculteur, lui permettant de décider en connaissance de cause.

Fichiers attachés

Partagez cet article

Sur le même sujet