SUSTAINBEEF

Sylvain HENNART
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Dans ce projet, nous émettons l'hypothèse que les systèmes d'élevage bovin qui reposent principalement sur la valorisation des prairies et des denrées issues des agro-industries non comestibles par les humains sont plus durables que les systèmes de production basés sur des aliments concentrés dont la production entre en compétition avec la production de denrées pour l’alimentation humaine. Notre approche de la durabilité comprend, outre les dimensions environnementales et sociales, des perspectives économiques considérant l’ensemble des services fournis par ces systèmes. Cette étude sera centrée sur la production de viande bovine, qui est de plus en plus questionné par la société. Pour valider cette hypothèse, des systèmes représentatifs des régions d’Europe qui diffèrent en termes de (1) potentiel pédoclimatique capable de produire tant des denrées alimentaires que des fourrages et (2) la production de viande bovine à partir de races de viande spécialisées, de races laitières et de croisements terminaux, seront étudiés de manière approfondis. Leurs performances, réelles et potentielles, seront comparées tout en mobilisant une approche multidisciplinaire (impliquant des agronomes, spécialistes des sciences animales, sociales et des modélisateurs) dans une approche ascendante en lien avec des spécialistes territoriaux, de la filière de production de viande afin de : • Co-définir un ensemble d'indicateurs environnementaux, sociaux et économiques permettant la comparaison de la durabilité de systèmes contrastés de production de viande ; • Co-définir des scénarios sur l'évolution potentielle de systèmes d'élevage plus durables dans les principales régions productrices de viande bovine de l'UE. Ces scénarios seront évalués et, en outre, des mesures incitatives appropriées pour améliorer leur mise en œuvre seront testées et proposées.

Contexte

Suite à une augmentation croissante de la population et à un environnement de plus en plus menacé, la pression humaine sur les ressources mondiales doit être réduite.  L’une des manières pour y arriver est de travailler sur les quantités de nourritures consommées et les moyens utilisés pour les produire. Il s’agit d’un challenge pour la société, les agriculteurs et plus particulièrement pour les systèmes d’élevage. En effet, les demandes de produits d’élevages sont amenées à double d’ici à 2050. Hors parmi les systèmes d’élevages, les systèmes basés sur les ruminants ont l’avantage de pouvoir valoriser des ressources non valorisables par l’homme et de les transformer en aliment à haute valeur alimentaire pour celui-ci (Wilkinson, 2011[1]). Historiquement, et afin de s’assurer une sécurité alimentaire, les sociétés humaines n’ont pas pleinement profité du potentiel de valorisation des ressources naturelles par les ruminants (par exemple les prairies, couvrant 34% de la SAU européenne, sans aucune valeur alimentaire pour l'homme), des sous-produits et coproduits provenant de l’agro-industrie et non valorisable par l’homme.

Toutefois, suite à l'émergence de systèmes de production intensive, s'appuyant sur l'utilisation croissante d’aliments concentrés en concurrence avec les productions à destination de l’alimentation humaine, et l'augmentation de l'abandon des terres dans les régions herbagères, de nombreuses études sur la durabilité des systèmes d’élevages ont été réalisées à travers l’Europe. En effet, d’un point de vue environnemental et sociétal, les systèmes herbagers rendent de nombreux services tant en termes de régulation des flux, d'azote et de carbone entre autres, que pour la préservation de la biodiversité, de la structuration paysagère et des valeurs esthétique et culturelle de nos campagnes.  Néanmoins, tous ces services, associés aux systèmes de production de ruminants, ne sont pas correctement chiffrés. Une tarification correcte de ces externalités améliorerait la viabilité sociale et économique des systèmes d’élevage, dont la faible rentabilité liée à une forte dépendance à l'égard des subventions et une exposition considérable aux risques financiers liés, notamment, aux coûts fixes élevés et à un endettement important. Ces conditions, liées à une faible accessibilité à la terre et/ou un coût élevé de celle-ci couplé ou non à l'augmentation de l'efficacité du travail, ont conduit à des troupeaux de grande taille en confinement total et recevant une ration standardisée, souvent de type concentrés. Du point de vue des consommateurs, l'acceptabilité sociétale des productions bovines est remise en question, non seulement après des scandales tels que l'ESB pour la qualité et la sécurité alimentaires mais également du point de vue du bien-être animal, de l'utilisation d'antibiotiques et de la concurrence entre aliments pour animaux et denrées alimentaires humaines.

Concernant ce dernier point, Garnett (2009)[2] suggère une approche écologique visant à lier la production bovine au sol et aux sous-produits qui n’entrent pas en compétition avec la consommation humaine. Il convient donc d'accorder une attention particulière aux systèmes d’élevage basés sur l’utilisation de la prairie et la valorisation de sous-produits et coproduits issus de l'agro-industrie. En plus de réduire la compétition entre alimentations animales et humaines, et de contribuer significativement à la mise en place d’une économie circulaire, l'efficacité et la durabilité des systèmes herbagers s’en trouvera considérablement augmenté. En effet, s'ils sont gérés de façon appropriée, avec une supplémentation marginale du bétail, les systèmes herbagers fournissent de larges services écosystémiques tout en réduisant les pressions environnementales.

 

[1] Wilkinson J.M. 2011. Animal, 5(7) : 1014–1022.

[2] Garnett, T., 2009. Environmental Science & Policy, 12: 491-503.

Objectifs

Dans ce projet, nous émettons l'hypothèse que les systèmes d'élevage bovin qui reposent principalement sur la valorisation des prairies, qu’elles soient permanentes et temporaires (depuis les prairies temporaires et les "cultures de service" devraient se développer pour soutenir l'intensification écologique dans les zones de culture), et des denrées issues des agro-industries non comestibles par les humains sont plus durables que les systèmes de production basés sur des aliments concentrés dont la production entre en compétition avec la production de denrées pour l’alimentation humaine. Notre approche de la durabilité comprend, outre les dimensions environnementales et sociales, des perspectives économiques considérant l’ensemble des services fournis par ces systèmes. Cette étude sera centrée sur la production de viande bovine, qui est de plus en plus questionné par la société.

Pour valider cette hypothèse, des systèmes représentatifs des régions d’Europe qui diffèrent en termes de (1) potentiel pédoclimatique capable de produire tant des denrées alimentaires que des fourrages et (2) la production de viande bovine à partir de races de viande spécialisées, de races laitières et de croisements terminaux, seront étudiés de manière approfondis. Leurs performances, réelles et potentielles, seront comparées tout en mobilisant une approche multidisciplinaire (impliquant des agronomes, spécialistes des sciences animales, sociales et des modélisateurs) dans une approche ascendante en lien avec des spécialistes territoriaux, de la filière de production de viande afin de :

  • Co-définir un ensemble d'indicateurs environnementaux, sociaux et économiques permettant la comparaison de la durabilité de systèmes contrastés de production de viande ;
  • Co-définir des scénarios sur l'évolution potentielle de systèmes d'élevage plus durables dans les principales régions productrices de viande bovine de l'UE.

Ces scénarios seront évalués et, en outre, des mesures incitatives appropriées pour améliorer leur mise en œuvre seront testées et proposées. La diffusion des résultats sera facilitée tout au long de cette approche ascendante.

Description des tâches

Pour atteindre ces objectifs, le projet est structuré comme suit :

  • La coordination scientifique et administrative sera réalisée au sein du WP1. La promotion de ce projet tant vers le monde agricole que vers le grand public ainsi que la dissémination scientifique des résultats seront également réalisées dans ce WP.
  • Le WP2 aura la tâche de définir, (1) au travers d’approches multi-acteurs et multicritères, les indicateurs qui permettrons la caractérisation et la durabilité des systèmes ainsi que leur poids relatif, (2) une typologie des systèmes viandeux, basée sur les dires d’experts, les statistiques nationales et les données issues de fermes commerciales.
  • Le WP3 réalisera les simulations des performances économiques, environnementales (y compris des services écosystémiques) et sociales des systèmes d’élevages pour les types d’exploitations identifiés tant dans le contexte actuel (WP2) que pour les scénarios d’évolution possible (WP4).
  • Le WP4 identifiera les innovations permettant d’améliorer l’efficacité des systèmes et, sur cette base, de proposer des scénarios d’évolution alternatifs. Les performances de ces scénarios seront évaluées dans le WP3 à l’échelle de l’exploitation et dans le WP4 à l’échelle du territoire et de la filière.

Résultats attendus

Les résultats attendus pour ce projet sont multiples :

  • Une description des systèmes de production de viande bovine dans les régions partenaires ;
  • La définition d’un modèle multicritère d’évaluation de la durabilité des systèmes viandeux ;
  • L’adaptation du programme d’optimisation FARMDYN aux conditions régionales, incluant un manuel d’utilisation du programme et de définition des indicateurs calculés, une validation du modèle ;
  • La définition de cas-types d’exploitations de production de viande bovine dans chaque région. Ces cas-type seront modélisés et testés par FARMDYN ;
  • Une liste transnationale d’innovations permettant de réduire la compétition food-feed pour la production de viande bovines, incluant les leviers et barrières à l’implémentation de ces innovations ;
  • L’impact de ces innovations sur les cas-types sélectionnés tant au niveau de l’exploitation qu’au niveau de la région.

Contribution

En tant que chef de projet, le CRA-W a sa charge la gestion globale du projet ce qui implique, le suivi de l’état d’avancement des différents workpackages, la gestion des rapports et délivrables. Le CRA-W est, de plus, impliqué dans chacun de workpackage à différents niveaux. Il est également responsable du WP4.

Coordinateur hors CRA-W

INRA (Fr) : Claire Mosnier IDELE (Fr) : Sylvie Brouard TEAGASC (Ir) : Edward O’Riordan UCD (Ir) : James Breen CREA (It): Giacomo Pirlot AWE (Be): Carlo Bertozzi U-Bonn (Ge) : Wolgang Britz

Financement

  • CRA-W - apport loi Moerman

Equipe

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