16 juin 2017 Sylvain HENNART

Les prairies, éléments clés de nos systèmes d’élevage

Les prairies, éléments clés de nos systèmes d’élevage

Les prairies, éléments clés de nos systèmes d’élevage

Ce 5 mai, le Centre de Michamps et le Centre wallon de Recherches agronomiques ont uni leurs moyens, avec le soutien du SPW, afin de marquer le 20ème anniversaire de l’asbl Fourrages Mieux, aux actions de laquelle ils contribuent étroitement.

Cette journée a permis de rappeler les performances permises par cette ressource que représente nos prairies tant au niveau de la production de viande, en mobilisant le rameau viandeux de la Blanc Bleue Mixte, qu’au niveau de la production laitière avec des rendements pouvant atteindre 7000 l de lait par vache et par an en ne mobilisant que 350 kg de concentrés sur l’année. Mais l’atteinte de ces niveaux de production nécessite de poser certains choix techniques.

Ainsi, Madame Decruyenaere a illustré les performances d’un troupeau de race Blanc Bleue Mixte valorisant les fourrages de l’exploitations ainsi que, au niveau du bétail de moins d’un an, durant l’hiver, les céréales autoproduites et un peu de concentré jeune bétail. Dans ce contexte de forte autonomie, les veaux sous la mère exprimaient des GQM de l’ordre de 1 kg avant de se rapprocher de 0,73 kg par jour entre 6 mois et 1 an et de 0,61 kg par jour au-delà d’un an. Le troupeau, conduit en respectant le cahier des charges de l’agriculture biologique, présente néanmoins un âge au premier vêlage de 33 mois. Les inséminations pourraient être avancées vu un poids conséquent, de 580 kg, en moyenne, à la première insémination. Néanmoins, cette conduite permet aux veaux de profiter au maximum de la pousse de printemps.

La conduite des animaux mâles en taurillons et en bœufs, afin de maximiser la prairie, est en cours. Une attention particulière devra être apportée à la comparaison des performances économiques de ces deux schémas de production car les premiers résultats conduisent à des taurillons présentant des poids carcasse de 544 kg à 27 mois contre 444 kg à 31 mois pour les bœufs. Ces derniers présentent des rendements à l’abattage moins bons, plus proches de ceux enregistrés pour des femelles. Les bœufs consomment également beaucoup moins de concentrés que les taurillons. Concentrés qui sont très onéreux en agriculture biologique.

Lors de la table ronde, messieurs Denis, Thiry et Hennes, éleveurs viandeux, pour le premier, et laitier pour les deux autres, nous ont présentés les innovations mobilisées en termes de valorisation de leurs ressources fourragères avec une attention particulière pour la conduite de leur pâturage et ce afin de réduire leurs coûts de production et /ou d’optimiser la qualité de leur production.

Ainsi, un système de pâturage tournant de jour avec un temps de résidence très court sur les parcelles a été aménagé par Monsieur Thiry alors que Monsieur Hennes développait un système de pâturage ras (< 5>

Mr Denis, éleveur de BBB, table quant à lui sur la prairie temporaire multi-espèces pour la fourniture de fourrage de qualité (utilisation de luzerne, chicorée, sainfoin).  De tels couverts lui permettent une utilisation moindre en minéraux.  Il souhaite, à l’avenir, exploiter encore plus avant les potentialités offertes par l’herbe afin de finir ses vaches de réforme.

Monsieur Crémer a présenté une rétrospective des performances des ray-grass anglais tardifs testés à Michamps pour le compte de Fourrages-Mieux entre 1996 et 2016. Il y souligne une réduction des rendements en matière sèche des variétés testées au court du temps. Les rendements moyens sont passés de près de 11 T de MS/ha/an en 1997 à moins de 8 T de MS/ha/an les deux dernières années. Comment expliquer une telle évolution ? Les conditions climatiques, avec de faibles productions printanières en années froides et sèches, comparés à des délais avant récolte élevés les années humides peuvent expliquer une partie de ces variations mais ne se suffisent pas à elles seules. Ces observations soulignent l’intérêt d’associer des variétés / espèces présentant différents niveaux de précocités pour accroître la résilience des systèmes fourragers dans un contexte climatique incertain. Cette diversité pouvant être imaginée entre des espèces associées au sein d’une parcelle ou au sein des différentes parcelles d’une exploitation.

L’après-midi, différents ateliers ont présentés les questions et points à considérer lors (1) de la constitution de ses mélanges prairiaux en intégrant environnement pédoclimatique, système et intensité de la conduite de l’élevage, services au territoire ; (2) de la lutte contre le fléau que représentent les rongeurs ces dernières années en prairie ; (3) de la gestion de la problématique des parasites gastro-intestinaux pour les herbivores valorisant cette ressource, en soulignant l’intérêt d’un pâturage tournant et du maintien d’un chargement modéré. Dans ce cadre, un outil permettant aux exploitants d’évaluer les risques, les niveaux de pression exercés par les parasites potentiellement associés à leurs pratiques a été présenté. Et (4) de l’acquisition d’un système permettant d’appliquer les pratiques de l’agriculture de précision dans la conduite des prairies. De nombreux défis doivent néanmoins encore être levés pour une valorisation de ces techniques, développées pour les grandes cultures, en prairie. Celle-ci est caractérisée par une plus grande hétérogénéité et subit de nombreux cycles d’exploitation.

Finalement, un atelier présentant les services, autres que de production, rendus par les prairies a été développé. Il visait à mettre en lien les modalités de gestion des prairies et le rôle que ces dernières jouent au niveau des cycles du C, et dès lors du changement climatique, et de l’azote, et donc du maintien de la qualité de nos eaux.

Outre les nombreux échanges entre les participants, ces présentations ont permis de souligner les défis à relever à long terme pour optimiser la valorisation de cet agro-écosystème qui fait la richesse de la Province du Luxembourg ou il occupe plus de 85 p.c. de la SAU, comme l’a rappelé la Député Thérèse Mahy en introduction.

Didier Stilmant et Virginie Decruyenaere (CRAW),

Richard Lambert et Sébastien Crémer (Centre de Michamps)

David Knoden (Fourrages-Mieux)

Mise à jour 19 juin 2017