L'élevage du Mouton Laitier en Wallonie, un potentiel méconnu
17 avril 2012 Eric FROIDMONT
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Contexte

En Wallonie, la spéculation ovine laitière est l’objet d’un intérêt grandissant de la part de producteurs et de transformateurs. Pourtant, l’élevage du mouton laitier n’a fait l’objet d’aucune étude approfondie récente. Ce manque d’informations sur les spécificités de cette spéculation est d’autant plus regrettable que nous disposons d’une race laitière, figurant parmi les races locales menacées, qui pourrait être nettement mieux valorisée : le mouton laitier belge. De plus, l’élevage de brebis laitières, bénéficiant auprès du consommateur d’une image de tradition, d’authenticité et de terroir, pourrait constituer un moyen de diversification intéressant des productions animales wallonnes.

Objectifs

L’objectif principal du projet est d’établir un référentiel de données axées sur la spécificité et la technicité de l’élevage d’ovins laitiers en Région wallonne. Sa mise en œuvre a impliqué non seulement la mesure des performances zootechniques (production laitière) et d’élevage (reproduction) des brebis mais également la caractérisation des techniques d’élevage spécifiques de cette spéculation.

Résultats obtenus

Cette étude, impossible à mener en station, s’est opérée en milieu réel auprès de deux élevages afin d’obtenir une image conforme à la diversité des situations rencontrées sur le territoire wallon. Ces deux exploitations ont chacune leur propre mode de conduite : l’une a comme finalité la production de lait et d’agneaux de boucherie tandis que l’autre vise exclusivement la production laitière. Elles sont situées dans des régions agro-écologiques distinctes, la première en Hesbaye et la seconde en Ardenne. Le système de production en brebis laitières repose sur une exploitation particulière de la lactation : les brebis allaitent leurs agneaux pendant cinq semaines environ avant d’être traites (fig.1). La détermination des performances zootechniques des brebis laitières, tant quantitative (production laitière) que qualitative (taux de matières utiles et dénombrement des cellules somatiques), a nécessité la mise en place du contrôle laitier officiel (CLO) dans les exploitations partenaires. Par rapport aux multipares, les primipares présentent une durée d’allaitement plus longue et une durée de lactation plus courte (tableau 1). Les brebis laitières belges enregistrent de très bonnes performances d’élevage avec une prolificité proche de 2 agneaux par brebis ayant agnelé. La prolificité des primipares est en retrait par rapport à celle des multipares. L'évolution de la production laitière est présentée à la figure 2. La quantité de lait produit journellement diminue avec l’avancement de la saison de production : elle est de 2 litres par brebis en mars et de 0.6 litre en octobre. Parallèlement, les taux protéique et butyreux augmentent sensiblement pour atteindre respectivement plus de 7 et 9 % en fin de saison. Le lait devient donc de plus en plus riche au cours de l’avancement de la lactation des animaux. Toutefois, un phénomène de concentration des matières utiles dans le lait, lié au faible niveau de production des animaux en fin de lactation, est responsable de la hausse sensible des teneurs observée à partir du mois d’août. L’absence de pic de lactation sur le graphique s’explique par une mise à la traite progressive des brebis mais aussi parce que ce pic survient relativement tôt, environ 3 à 4 semaines après la mise bas en période d’allaitement. Les taux protéique et butyreux suivent une évolution similaire au cours de la lactation avec, toutefois, une fluctuation plus marquée en faveur du taux butyreux. Les analyses bactériologiques montrent que le lait de tank produit dans les deux exploitations répond aux normes en vigueur. Les infections mammaires des petits ruminants se distinguent principalement de celles des bovins par leur étiologie et une moindre incidence moyenne des cas cliniques. En effet, le taux annuel de cas cliniques en élevage ovin ne dépasse pas 5% des animaux, valeur notablement inférieure à celle observée chez la vache laitière. Toutefois, la numération cellulaire (CCS) chez une brebis saine est nettement plus élevée que chez la vache puisque des comptages se situant entre 500 000 et 1 000 000 de cellules/ml sont généralement considérés comme normaux. Nous avons constaté que les numérations cellulaires augmentent avec le rang et le stade de lactation. Environ 70 % du cheptel ont un CCS inférieur à 500 mille cellules et contribuent au CCS total à concurrence de 10% alors que 20% du cheptel sont responsables de plus de 80 % du CCS total. [image]

Figure 1 : Schéma de conduite le plus couramment observé - Tableau 1 : Performances zootechniques et d’élevage des primipares et multipares - Figure 2 : Evolutions de la production laitière (PL) et des taux butyreux (TB) et protéique (TP) du lait au cours

Figure 1 : Schéma de conduite le plus couramment observé - Tableau 1 : Performances zootechniques et d’élevage des primipares et multipares - Figure 2 : Evolutions de la production laitière (PL) et des taux butyreux (TB) et protéique (TP) du lait au cours

Contribution

CRA-W

Coordinateur (CRA-W)

Equipe impliquée

Partenaires

Faculté Universitaire des sciences agronomiques de Gembloux Université Catholique de Louvain MR-W, Direction du Développement et de la Vulgarisation Fédération Interprofessionnelle caprine et ovine wallonne Association Wallonne de l’Elevage Comité du lait, Battice