Meilleure connaissance des bactérioses et des sensibilités variétales en vue d'une lutte raisonnée en horticulture fruitière
18 avril 2016 Alain BULTREYS
Recherche Developpement Microbiologie Phytopathologie Production végétale Organismes nuisibles et maladies u3 article

Contexte

Une horticulture fruitière de qualité a pour pré-requis un diagnostic correct des maladies, une bonne connaissance des pathogènes et des sensibilités variétales, ainsi que la connaissance des résistances éventuelles aux produits de lutte utilisés. En Belgique, des maladies bactériennes présentent actuellement des risques réels ou potentiels importants sur plusieurs cultures horticoles. C'est le cas en fraisier avec Xanthomonas fragariae (photo 1), organisme de quarantaine décrit aux USA et jusqu'il y a peu inconnu en Belgique, qui pénètre dans notre pays par le biais de plants contaminés originaires de Hollande et de France où la maladie s'est déjà largement propagée. Dans le cas du cerisier, des morts de branches et d'arbres, imputables à Pseudomonas syringae mais mal interprétées par les professionnels, ont entravé l'extension de la culture en Belgique. Des problèmes sont régulièrement observés sur d'autres cultures importantes : Pseudomonas syringae en poirier et prunier et Erwinia amylovora (photo 2), responsable du feu bactérien, en pommier et surtout en poirier. Dans notre pays, le contrôle de ces bactéries phytopathogènes se heurte à deux problèmes majeurs : - La détection et l'identification précise des pathogènes. En effet, le diagnostic d'une maladie bactérienne est compliqué car des confusions sont possibles avec des dégâts d'autres origines. L'identification précise d'une bactérie peut en outre être difficile. - Le peu de moyens de lutte contre les pathogènes bactériens. Actuellement, l'usage d'antibiotiques est interdit en horticulture fruitière. Or, à l'exception des sels de cuivre qui ont des effets nocifs pour la plante comme pour l'environnement, les producteurs ne disposent pas d'alternatives face à une maladie bactérienne. Des résistances au cuivre ont par ailleurs déjà été observées dans diverses régions du monde. En Wallonie, les maladies bactériennes sont donc relativement mal connues et l'identification des pathogènes rarement réalisée. Les connaissances sur les éventuelles diversités au sein des espèces bactériennes sont également très incomplètes. La carence en moyens de lutte contre les bactérioses donne un intérêt accru à la résistance variétale. Cependant, ici aussi, des manques de connaissances existent dans certains cas.

Objectifs

Optimaliser le diagnostic des dégâts causés par les bactéries phytopathogènes des vergers en vue de mieux évaluer leur importance et ainsi améliorer et rationaliser la lutte contre ces pathogènes : - Mettre sur pied un centre d'identification et d'information au service des producteurs ; créer ainsi un centre d'expertise en Wallonie. - Etudier les possibilités de développement de kits de détection in situ (sur le végétal) dont certaines étapes pourraient être réalisées par les producteurs. - Etudier la diversité interne de ces pathogènes en vue d'établir une connaissance de base solide de leur écologie ; cette connaissance est nécessaire à l'élaboration ultérieure de nouveaux moyens de lutte efficaces et respectueux de l'environnement. - Réaliser un état des lieux en ce qui concerne l'existence de résistances aux sels de cuivre parmi les populations de bactéries phytopathogènes rencontrées en Wallonie. - Préciser les sensibilités variétales quand elles ne sont pas connues.

Résultats attendus

Terminer les identifications et les caractérisations des souches bactériennes collectées en Wallonie. Préciser certaines sensibilités variétales. Notre laboratoire envisage de s'accréditer pour ce qui concerne la détection des organismes de quarantaine Erwinia amylovora et Xanthomonas fragariae.

Résultats obtenus

Les techniques d’identification des pathogènes, sur culture pure ou à partir d'un milieu d'enrichissement, sont au point pour plusieurs groupes importants. Ces expertises sont mises au service du secteur horticole. Suite à 235 visites en vergers wallons, 647 souches de Pseudomonas syringae et 41 souches d'Erwinia amylovora ont été identifiées et mises en collection. Les tests utilisés ont permis de caractériser les souches de Pseudomonas syringae en ce qui concerne les phytotoxines et pyoverdines produites. Des souches fortement résistantes au cuivre ont été détectées dans différents groupes. Pseudomonas syringae (photos 3 et 4) est présent dans toute sa diversité au sein des vergers analysés, mais aussi Pseudomonas viridiflava. Les observations menées permettent de tirer différentes conclusions en ce qui concerne l'étude de différents cas litigieux en verger. Dans certains cas, des évaluations de sensibilités ont été réalisées parmi des variétés ayant un intérêt agronomique.

Coordinateur (CRA-W)

Equipe impliquée

Partenaires

Dr. R. Oger, et Ir. V. Planchon, Centre wallon de Recherches agronomiques. Ir. A. Robbe et Ir. C. Melin, Groupement des fraisiéristes wallons (GFW asbl.).