Percer les mystères de la cécidomyie orange du blé (Sitodiplosis mosellana)

CW
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Percer les mystères de la cécidomyie orange du blé (Sitodiplosis mosellana)

Entre la mi-avril et la mi-juin, les adultes de cécidomyie orange du blé, de minuscules moucherons, émergent en une ou plusieurs vagues dans les champs. Les femelles, une fois fécondées, volent à la recherche d’épis de blé où pondre leurs œufs.

Ces derniers éclosent quelques jours plus tard, puis les larves s’alimentent au détriment du grain. Au terme de leur développement, les larves se laissent tomber des épis pour s’enfouir dans le sol jusqu’au printemps suivant. Ces grands traits de la biologie de l’insecte sont connus depuis longtemps, mais une clé manquait aux agronomes : la connaissance des facteurs déterminant la date des émergences. En effet, les adultes  n’ont que quelques jours à vivre. S’ils émergent alors que le blé commence à épier, les pontes peuvent avoir lieu, et entraîner des pertes de rendement et de qualité ; mais fréquemment, cette coïncidence avec le stade vulnérable du blé n’a pas lieu. Dans ce cas, la reproduction de l’insecte échoue et la culture échappe à tout dégât. Sans prévision des émergences, il était impossible de mesurer le risque, ni de conseiller l’agriculteur. C’est pourquoi des chercheurs du CRA-W ont passé plusieurs années à tenter de comprendre ce qui gouverne le développement de l’insecte. De 2007 à 2010, l’insecte a été observé : évolution dans le sol, puis détermination des patrons de vols à l’aide de pièges à phéromones : des données abondantes ont été collectées sur le terrain, puis confrontées aux données météorologiques enregistrées par ailleurs. Besoin de froid pour sortir de diapause, sommes de températures à capitaliser pour sortir du cocon, besoin de fortes pluies pour déclencher la nymphose, etc : les conditions du développement ont progressivement été identifiées, jusqu’à permettre finalement de construire un modèle prévisionnel des émergences d’adultes. Ce modèle a été validé par des essais en conditions contrôlées où les émergences ont pu être provoquées. Puis, en  2011, 2012 et 2013, il a été utilisé pour prévoir la date des premiers vols de l’insecte au champ, ce qu’il a fait trois années de suite au jour près.

Un verrou d’ignorance a sauté : désormais, il est possible de prévoir les coïncidences dangereuses, et d’intégrer cette information dans les avertissements aux céréaliers. Par ailleurs, ces nouvelles connaissances permettent de produire à volonté de jeunes adultes prêts à pondre et d’en programmer l’émergence. Cette faculté a permis de développer une méthode simple et efficace pour tester la résistance des variétés de blé à l’insecte.

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