8 décembre 2014 Philippe DRUART

Reverdir nos berges durablement

La renaturation avec des écotypes ligneux de ripisylves transfrontalières est maintenant possible grâce à la constitution de collections multiclonales d’aulne et de saule intéressantes.

Reverdir nos berges durablement

Des centaines d’aulnes glutineux et de saules ont été collectés sur les bords de rivières de Wallonie appartenant aux bassins du Rhin, de la Meuse et, dans une moindre mesure, de l’Escaut, pour constituer des collections multiclonales. Pour l’aulne, l’action s’étendait à la Lorraine française et au Grand-Duché de Luxembourg au travers de projets Interreg (successivement « Ecoliri » et « Ecolirimed ») de la Grande Région financés par le FEDER et les Régions concernées.

L’origine des clones est certifiée et la traçabilité des aulnes est réalisable à l’aide de marqueurs moléculaires. Bien que la qualité génétique reste inexplorée, la valeur phénotypique (port, vigueur) des clones est connue. Sur base d’études in situ et de tests, certains aulnes ont été repérés pour leur tolérance au dépérissement causé par Phytophthora alni tandis que d’autres aulnes et saules évalués spécifiquement pour leur tolérance aux éléments traces métalliques ont été notés. Plusieurs aulnes provenant respectivement de graines collectées en sites infectés par P. alni ou produits in vitro par variation somaclonale pour la phytoremédiation, ont été intégrés aux collections.

Ces travaux multidisciplinaires ont conduit à la mise au point d’une filière de production de plants. Assemblés en parcs à bois, ces écotypes ligneux sont en effet, bouturés pour faire partie intégrante des programmes de renaturation de berges de cours d’eau et couvrir des zones à drainage déficient humides ou inondables. Ils conviennent aussi pour occuper les zones à contraintes écologiques ou reconstituer des paysages arbustifs sur des terrains marginalisés par les activités industrielles, ou que l’on destine à la production de biomasse comme sources potentielles d’énergie renouvelable.

Issus de conditions de production optimisées, les plants sont diffusés selon les règles appliquées aux variétés multiclonales forestières. Des informations relatives au comportement général ou plus spécifiques par rapport à la maladie due à Phytophthora alni chez l’aulne, à l’adaptation aux hydro-systèmes chez le saule et vis-à-vis de pollutions accidentelles dues aux métaux lourds sont apportées.

Ainsi, le matériel végétal doit pouvoir s’adapter naturellement aux risques biologiques prévisibles. Tout en préservant un caractère évolutif et la diversité existante, il assure la durabilité des techniques végétales appliquées. Il contribue à améliorer la qualité des eaux de surface et des nappes phréatiques ou à améliorer celle des sols ainsi que l’équilibre des écosystèmes en fonction de la nature des sites à végétaliser.

Les stratégies qui ont été développées au sein de ces projets Interreg pourraient s’appliquer au verdissement d'autres lieux avec d'autres essences ligneuses. Etendue aux autres pays de l’Union Européenne, elles devraient permettre de mettre ces collections en réseau.

Mise à jour 30 mars 2015