9 mars 2020 Geneviève MINNE

Effets du changement climatique et gestion des risques de production en Wallonie

Le changement climatique augmente le risque d’occurrence des événements météorologiques extrêmes. Les dégâts qu’ils provoquent sur les agroécosystèmes sont visibles et marquent les esprits, à la fois des agriculteurs et des citoyens.

Effets du changement climatique et gestion des risques de production en Wallonie

Nous évoquerons dans ce document les différents effets du changement climatique, leurs impacts sur les différents agroécosystèmes wallons ainsi que la capacité qu’ils ont de s’adapter.

En effet, le CRA-W, à travers différents projets de recherches, étudie la vulnérabilité des systèmes et les capacités d’adaptation des agriculteurs pour augmenter la résilience de leurs exploitations.

 

Stress hydrique et thermique des cultures

La combinaison de températures anormalement hautes et d’absence de précipitation sur une longue période conduit immanquablement à une sécheresse qui marque les réserves en eau du sol et l’état des cultures et des prairies.


Le CRA-W étudie les différentes pratiques adaptatives au niveau agronomique, zootechnique ou économique dont disposent les agriculteurs pour tenter de limiter le risque lié à ces épisodes de sécheresse.

 

Augmentation des risques de coulées de boue

Les épisodes de pluies intenses localisées survenant sur sol nu, ou lorsque les cultures les plus vulnérables (cultures de rang) sont peu développées, ont pour conséquences des coulées boueuses. Ces coulées de boues occasionnent des pertes de rendement, des pertes des couches de terres précieuses pour les agriculteurs ainsi que des dégâts aux infrastructures environnantes (voiries, jardins, logements).

 

Au CRA-W, des recherches sont menées pour documenter les pratiques agricoles qui visent à diversifier les systèmes de grandes cultures, de manière à stabiliser les sols, augmenter l'agro-biodiversité et diminuer leur vulnérabilité. L'allongement des rotations, les couverts d'interculture et les associations culturales sont autant de pistes d'intérêt étudiées.

 

Risque accru de maladies et ravageurs

Le changement climatique offre à certains agents pathogènes ou ravageurs des conditions plus propices à leur développement. Il pourrait en découler une augmentation de l’aire de répartition de ces organismes ainsi qu’un élargissement de leurs gammes d’hôtes ou une intensité accrue des dommages qu’ils occasionnent.

L'évolution de la situation fait l’objet de surveillances de la part du CRA-W et des recherches menées visent également à limiter les conséquences néfastes de ces émergences à travers des mesures de gestion adaptées au contexte changeant.

Liens : http://www.cra.wallonie.be/fr/gecomara et http://www.cra.wallonie.be/fr/opatra-w

 

Risque de chute (chablis)/scolytes/incendie

Compte tenu de leur longévité, les arbres forestiers sont susceptibles de rencontrer au cours de leur vie plusieurs événements climatiques exceptionnels tels que des tempêtes ou des sécheresses. Dans un contexte de changement climatique, ces événements ont tendance à se rapprocher dans le temps avec pour conséquence directe une augmentation des risques de chablis ou d’incendie. Les stress répétés auxquels sont soumis les arbres forestiers les rendent aussi plus vulnérables à divers aléas biotiques dont les pullulations de scolytes sont un exemple bien connu.

Le CRA-W établit une surveillance phytosanitaire des forêts en Wallonie.

 

Perturbation des calendriers culturaux

En cultures de printemps, les hivers moins froids et les printemps plus précoces entraîneront des semis et plantations plus tôt dans la saison. L’avance en végétation devrait permettre aux cultures d’être en meilleure capacité de photosynthétiser au cours des jours les plus longs de l’année, et d’en tirer bénéfice.

En cultures d’hiver, c’est plutôt vers un retard des semis qu’il faudra s’habituer. En effet, les automnes de plus en plus doux provoquent une pousse excessive des plantules avant leur entrée dans le cœur de l'hiver. Cette pousse entraîne une sensibilisation soit au froid hivernal ou printanier à venir, soit aux maladies foliaires et racinaires, qui reprendront de plus belle au printemps suivant. Ils compliquent la gestion des adventices (levées pré-hivernales), des maladies cryptogamiques (« green bridge ») et des ravageurs, particulièrement les vecteurs de viroses. Ces perturbations des calendriers culturaux pourraient contrarier l’étalement des travaux des champs, voire remettre en question certaines formes d’interculture et même de rotations.

Le CRA-W met en place grand nombre d’essais en champ afin d’étudier les meilleurs itinéraires techniques et bonnes pratiques agricoles pour pallier ces effets.

 

 

Accélération de la phénologie des végétaux (cycles)

Le cycle de développement des végétaux est directement lié à la température : plus celle-ci augmente, plus l’activité biologique est intense et donc plus les cultures poussent rapidement. La hausse des températures attendue dans un contexte de changement climatique va donc entraîner une accélération du cycle des végétaux.

Au CRA-W, nous suivons en permanence les conditions météorologiques sur l’ensemble de la Wallonie afin de développer et d’alimenter des outils d’aide à la décision agricoles. En particulier, un outil de suivi de la phénologie du froment est en phase de validation. Il sera mis à disposition des agriculteurs afin qu’ils suivent le développement de leurs cultures et qu’ils positionnent au mieux les opérations culturales à réaliser.

Liens : http://www.cra.wallonie.be/fr/agromet et http://www.cra.wallonie.be/fr/pameseb

 

 

 

Augmentation de la croissance des végétaux

Les plantes transforment en biomasse le CO2 atmosphérique. Les facteurs principaux de cette fonction sont la température, l’eau, l’ensoleillement et la concentration en CO2 de l’atmosphère : trop faible ou trop élevé, chacun de ces facteurs devient limitant pour l’activité photosynthétique. Les bouleversements climatiques vont modifier les valeurs moyennes, mais aussi les valeurs extrêmes de ces paramètres. En Wallonie, on s’attend à des conditions généralement meilleures, grâce notamment aux saisons de croissance plus longues et à une concentration en CO2 plus élevée, potentiellement favorable à la croissance des plantes. Toutefois, la fréquence accrue des stress associés aux événements extrêmes et au changement de régime des précipitations pourrait s’avérer néfaste.

Dans ce contexte, les travaux menés par les équipes du CRA-W visent à améliorer le végétal et à optimiser les itinéraires culturaux, afin de tirer au mieux parti des ressources du milieu

 

Diminution du Bien-Etre animal

La température et l’humidité de l’air exercent une influence directe sur le bien-être des animaux et leurs performances. Pour les porcs, passé 30°C, la croissance ralentit brutalement et le taux de mortalité s’envole. Pour les vaches laitières, la hausse des températures accompagnée d’une humidité de l’air élevée se traduit par une baisse de la consommation de fourrage et de la production laitière et par une altération de la qualité du lait. De plus, le besoin de liquides s’accroît. D’autres conséquences des longues périodes de canicule concernent la reproduction, la croissance et la santé.

La hausse de température sera décisive. Sans mesures adéquates, les animaux d’élevage souffriront de plus en plus du stress thermique, avec une chute possible des performances et une dégradation de la qualité des productions.

Au sein de la ferme expérimentale du CRA-W, nous étudions au travers de différents projets de recherche les différentes adaptations possibles. En effet, dans les systèmes de stabulation fermés, il est possible de réguler les conditions climatiques à l’aide de moyens techniques et de les adapter de manière optimale à chaque espèce animale. Dans les systèmes de stabulation ouverts et pour l’élevage au pâturage, il existe plusieurs possibilités pour faire face à l’accumulation de jours de stress thermique. On peut par exemple gérer différemment la mise au pâturage et recourir davantage à la pâture nocturne, décaler l’heure des repas, offrir plus d’ombre au pâturage et dans l’aire d’exercice extérieure ou encore installer un dispositif d’aspersion pour rafraîchir les animaux. En matière de sélection, il est également possible d’adapter en privilégiant les races et les lignées d’animaux qui conviennent mieux aux conditions climatiques plus chaudes.

 

Sécheresse du sol

Le sol représente l’outil de base de nos agriculteurs. Il permet d’alimenter les cultures en nutriments et en eau via le système racinaire de la plante. L’occurrence de plus en plus fréquente d’épisodes de sécheresse prolongés est néfaste pour l’alimentation hydrique des cultures car elle épuise les réserves en eau du sol, qui peinent alors à se reconstituer au cours de la période hivernale. En particulier, les sols superficiels, caillouteux ou de texture grossière sont moins résilients face à ces épisodes de sécheresse en raison d’une réserve en eau utile limitée. Par ailleurs, la capacité d’infiltration de l’eau de certains sols diminue lorsqu’ils sont fortement desséchés, ce qui les rend plus sensibles à l’érosion hydrique au cours d’épisodes orageux et augmente les risques de coulées boueuses et de pertes de sols.

Les essais systèmes du CRA-W, inscrits dans la durée, sont des plateformes d’observation de choix pour documenter les effets des changements climatiques sur les systèmes sol-plante ainsi que l’effet des pratiques agricoles sur la résilience des systèmes face aux aléas climatiques. Par exemple, le maintien de taux de matière organique suffisant dans les sols est un des leviers pour limiter les effets délétères du stress hydrique sur les cultures. Les résultats de ces essais peuvent être mis en parallèle avec des campagnes d’observation dans des réseaux de ferme.

 

Mise à jour 19 mars 2020