8 janv. 2014 Anne CHANDELIER
article

Les berges des cours d’eau wallons sous la loupe : Projet de recherche identifiant les principales maladies et ravageurs qui affectent les ligneux des berges


Contexte

La Wallonie est parcourue par un réseau hydrographique de plus de 18.000 kilomètres. Si l’on considère une bande rivulaire d’une largeur moyenne de 3 mètres le long des cours d’eau, la surface des berges occupe presque 0,7% du territoire wallon. La ripisylve y est installée sur les deux rives dans 38% des cas et seulement sur une rive dans 24% des cas [MOUCHET, 2004]. Elle est formée d’un ensemble d’espèces végétales adaptées aux conditions humides et aux inondations. Parmi les essences ligneuses, les aulnes (Alnus spp.), les saules (Salix spp.), le frêne (Fraxinus excelsior) et les érables (Acer spp.) sont les 4 essences principales.

Les milieux rivulaires, bien que ne représentant qu’un faible pourcentage du territoire wallon, jouent un rôle clé dans la constitution du maillage écologique. Ils représentent des zones de grand intérêt biologique puisqu’ils constituent des zones refuges pour les populations animales et végétales, au même titre que les forêts, lisières et autres milieux naturels. De très nombreux sites Natura 2000 comportent d’ailleurs des tronçons de rivières où la forêt ripicole est présente. Le réseau hydrologique est une voie de communication importante pour l’homme (transport fluvial) mais aussi pour les organismes végétaux ou animaux. La ripisylve constitue un réseau de corridors écologiques, appelés dans ce cas des corridors rivulaires, qui lient entre eux différents habitats naturels (comme par exemple les milieux forestiers) et qui permettent la migration des espèces. Le rôle paysager et sociétal de la ripisylve est également indéniable. La couverture arborée des cordons rivulaires a un impact dans le paysage wallon qu’il est nécessaire de préserver.

L’écosystème rivulaire est soumis à des évolutions liées aux activités humaines d’aménagement qui appauvrissent la biodiversité, mais liées aussi aux effets directs (pesticides, rejets d’eaux usées, …) et indirects de pollution (réchauffement climatique entraînant des inondations accrues). Ces stress ont un impact potentiel sur l’état sanitaire des plantes et peuvent conduire à des catastrophes écologiques. La maladie de l’aulne en est un bon exemple. L’agent pathogène Phytophthora alni a été identifié pour la première fois en Wallonie en 1999 [CAVELIER, 1999]. Depuis, il a colonisé la majeure partie des rivières wallonnes et affecte actuellement plus de 30% des aulnes rivulaires. D’autres maladies ou arthropodes ravageurs n’ont pas nécessairement ce caractère épidémique mais peuvent aussi être stimulés à l’occasion de déséquilibres induits par des facteurs abiotiques ou anthropiques.

Afin d’appréhender ces menaces sanitaires, un monitoring des principales maladies et ravageurs s’intégrant dans un réseau d’études des rivières, vise à développer une surveillance phytosanitaire des principales essences des milieux rivulaires.

Réseau d’unités d’échantillonnage inventorié en 2006
Réseau d’unités d’échantillonnage inventorié en 2006

Objectifs

• Développer une méthodologie de monitoring phytosanitaire adaptée à l’écosystème rivulaire ;
• Fournir un état des lieux de la situation phytosanitaire actuelle des principales espèces ligneuses présentes le long des cours d’eau et en particulier les aulnes, saules, frênes et érables ;
• Mettre en évidence des problèmes phytosanitaires nouveaux ou résurgents qui pourraient représenter une menace pour le milieu rivulaire ;
• Répondre à la législation européenne en matière de gestion des cours d’eau et de son environnement immédiat (Directive cadre sur l’eau, Natura 2000) ;
• Répondre à certaines missions de la Division des Cours d’Eau non navigables, notamment l’aménagement et la gestion qualitative, quantitative et écologique des cours d’eau non navigables et de leurs berges ;
• Diffuser aux gestionnaires des cours d’eau et aux personnes ayant des activités liées aux cordons rivulaires une information synthétique.

Description des tâches

Un réseau d’échantillonnage composé d’une centaine d’unités réparties sur l’ensemble des sous-bassins hydrographiques que compte la Wallonie est inventorié depuis 2004. Ces unités d’échantillonnage ont été sélectionnées à partir des inventaires réalisés le long des cours d’eau par la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux en 2002 et 2005 dans le cadre du monitoring des bandes riveraines des cours d’eau wallons [DEBRUXELLES, 2004]. Le taux de sondage le long des cours d’eau est variable d’année en année et compris entre 0,150/00 et 0,200/00. Par comparaison, le taux de sondage des inventaires forestiers européens varie entre 0,100/00 et 50/00 [LECOMTE & RONDEUX, 1992]. Les placettes d’échantillonnage sont installées sur la berge du cours d’eau et ont des surfaces variables. Elles ont une longueur qui varie de 4 à 80 mètres et une largeur fixée à 2 mètres à partir de la crête de berge.

Deux campagnes d’inventaire sont réalisées chaque année afin d’intégrer les variations saisonnières. Un premier suivi des placettes est organisé entre avril et début juillet, tandis qu’une seconde visite est opérée de la fin juillet à octobre.

Dans chaque unité, différentes données sont relevées : localisation de l’unité et des arbres échantillonnés, informations météorologiques, description de l’environnement, symptômes observés, présence d’agents pathogènes et de ravageurs. La collecte d’échantillons de tissus végétaux présentant des symptômes causés par des agents pathogènes et/ou des arthropodes ravageurs est associée à des photographies.

 

Analyse des échantillons :

 

Tous les échantillons collectés lors des différentes campagnes d’inventaire font l’objet d’une analyse en laboratoire. La cause des symptômes observés est déterminée en utilisant les techniques habituelles d’identification : observation à la loupe binoculaire ou au microscope, isolement et mise en culture en boîte de Pétri, incubation, …. Les dégâts provoqués par des insectes ou acariens ravageurs sont également examinés. Les larves d’insectes collectées sont élevées en chambre conditionnée (t°, photopériode et humidité contrôlées) jusqu’à l’obtention des adultes. Ces insectes sont ensuite montés sur aiguille, identifiés sous loupe binoculaire et classés en boîtes entomologiques.

RĂ©sultats obtenus

Surveillance phytosanitaire 2004-2005 :

 

Une méthodologie de surveillance phytosanitaire des essences ligneuses rivulaires a été mise en place sur l’ensemble du territoire wallon. Les principales maladies et ravageurs de 17 genres ligneux ont été inventoriés de façon qualitative afin de fournir une image actualisée de l’état phytosanitaire de la ripisylve wallonne.

 

Données générales :
  2004 2005
Nombre d’unités d’échantillonnage étudiées 105 129
Nombre d’arbres étudiés 1192 1455
Taux de sondage des cordons rivulaires 0,16 0/00 0,20 0/00
Nombre de symptômes relevés sur arbres 8195 11870
Nombre d’identifications réalisées 3896 6186
Dont Champignons 13,6% 16%
Bactéries, virus 0,7%
Insectes ravageurs 86,4% 61,3%
Acariens ravageurs 15,8%
Insectes utiles 2,3%
Autres insectes du milieu rivulaire 3,9%

 


L’état phytosanitaire des ligneux de l’écosystème rivulaire s’est révélé équilibré. Cependant, certains agents pathogènes se sont montrés précoccupants : Phytophthora alni sur les aulnes, les armillaires (Armillaria spp.) et certains champignons lignivores (par exemple Phellinus igniarius, Meripilus giganteus, Laetiporus sulfureus, …) sur divers feuillus, ainsi que Marssonina salicicola (anthracnose) qui provoque le dépérissement des saules. Des ravageurs participant également à l’affaiblissement des arbres touchés ont été observés comme Agelastica alni qui altère le feuillage des aulnes, Stereonychus fraxini qui s’attaque aux feuilles des frênes et les nombreuses larves de géométridés et tenthrèdes qui occasionnent également de nombreuses morsures au feuillage des arbres.

Un guide visuel provisoire comprenant 51 fiches illustratives des principales maladies et ravageurs rencontrés durant l’inventaire de 2004 a été édité en 2005.

 

Surveillance phytosanitaire 2006-2007 :

 

En 2006, l’inventaire des maladies et ravageurs est devenu quantitatif et est réalisé sur les 4 essences principales de la ripisylve : les aulnes (Alnus spp.), les saules (Salix spp.), le frêne (Fraxinus excelsior) et les érables (Acer spp.). Trois études spécifiques sont développées afin d’approfondir les connaissances sur la maladie de l’aulne (Phytophthora alni), les populations d’armillaires (Armillaria spp.) rivulaires et la diversité des Chrysomelidae et Curculionoidea.

 

Données générales :
  2006 2007
Nombre d’unités d’échantillonnage étudiées 125 122
Nombre total d’arbres étudiés 1231 1202
dont Aulnes 554 542
Saules 227 217
Frênes 225 219
Erables 225 224
Taux de sondage des cordons rivulaires 0,15 0/00 0,240/00
Nombre de symptômes relevés sur arbres 8989 8855
Nombre de micro-organismes relevés sur les arbres 889 1410
Nombre d’arthropodes relevés sur les arbres 3675 3223


Les proportions d’arbres infectés par les principaux agents cryptogamiques et arthropodes ravageurs relevés durant ces inventaires sont présentées dans les tableaux ci-dessous :

 

Agents cryptogamiques sur aulnes 2006 2007
Armillaria spp. Pourridié-agaric 1,4% * 20,5%
Gloeosporium spp. Nécroses sur feuilles 11,9% 24,0%
Melampsoridium alni Rouille sur feuilles 2,9% 1,8%
Melanconis alni Nécroses sur tronc   5,4%
Microsphaera alni Oïdium sur feuille 1,1% 0,7%
Phytophthora alni Maladie de l’aulne 24,6% 14,6%
Taphrina tosquinetii Cloques sur feuilles et gigantisme 14,1% 0,6%
Taphrina alni-incanae Déformation des strobiles 3,6% 17,5%

 

Arthropodes ravageurs sur aulnes 2006 2007
Attelabidae/Rhynchitidae Enroulement du feuillage 14,4% 7,6%
Cecidomyiidae Déformation pousses terminales 5,2% 9,8%
Chrysomelidae dont Agelastica alni Morsures du feuillage 44,8% 28,6%
Cicadellidae Piqûres sur le feuillage 22,8% 17,9%
Coleophoridae Mines en plaques sur le feuillage 9,6% 10,7%
Curculionidae Morsures du feuillage 10,8% 6,6%
Eriophyidae dont Eriophyes laevis Galles sur limbes foliaires 85,7% 48,5%
Gracillaridae Mine en plaque sur le feuillage 16,6% 28,6%
Nepticulidae Mine sinueuse sur le feuillage 4,0% 7,4%
Psyllidae dont Psylla alni Dépôt de miellat cireux sur feuilles 28,2% 9,8%
Tenthredinidae Morsures du feuillage 26,5% 36,9%
Tortricidae Enroulement du feuillage 22,0% 14,2%

 

Agents cryptogamiques sur saules 2006 2007
Armillaria spp. Lignivore sur tronc et racines 5,3% 22,7%
Cryptodiaporthe salicella Nécroses sur feuilles 1,3% 2,3%
Melampsora spp. Rouille sur feuilles 19,4% 5,5%
Phomopsis spp. Nécroses sur branches 3,1% 5,9%
Rhytisma salicinum Maladie des taches noires 1,3% 1,8%
Marssonina salicicola Anthracnose 18,1% 34,8%
Uncinula salicis Oïdium sur feuilles 11,9% 1,4%

 

Arthropodes ravageurs sur saules 2006 2007
Aphidoidea Piqûres et miellat sur feuilles 10,6% 6,9%
Cecidomyiidae dont Rhabdophaga rosaria Galles sur pousses terminales 8,4% 19,8%
Cercopidae dont Aphrophora salicis Crachats de coucou 11,5% 19,4%
Chrysomelidae dont Crepidodera aurata Morsures sur feuillage 53,3% 35,0%
Cicadellidae Piqûres sur feuilles 9,3% 8,3%
Curculionidae Morsures des feuilles 9,7% 4,1%
Eriophyidae Galles sur limbes foliaires 23,8% 32,7%
Geometridae Morsures des feuilles 5,3% 4,6%
Gracillariidae Mines en plaque sur feuilles 6,2% 11,5%
Tenthredinidae dont Pontania proxima Morsures et galles sur feuillage 42,7% 46,5%
Tortricidae Enroulement de feuilles 2,2% 3,7%

 

Agents cryptogamiques sur frênes 2006 2007
Phyllactinia guttata Oïdium sur feuilles 12,4% 3,2%
Armillaria spp. Lignivore sur tronc et racines 3,6% 25,1%
Gloeosporium spp. Nécroses sur feuilles 1,8% 1,8%
Ascochyta metulispora Nécroses sur feuilles 2,7% 0,5%
Nectria galligena Chancres sur rameaux 2,7% 4,6%
Phomopsis spp. Nécroses sur feuilles 0,4% 11,0%
Phyllosticta fraxinicola Nécroses sur feuilles 2,2% 13,3%

 

Arthropodes ravageurs sur frênes 2006 2007
Cicadellidae Piqûres sur feuilles 1,3% 4,1%
Coleophoridae Mines en plaques sur feuilles 4,9% 4,1%
Psyllidae dont Psyllopsis fraxini Déformation du feuillage 41,3% 28,3%
Curculionidae dont Stereonychus fraxini Morsures du feuillage 38,2% 44,7%
Eriophyidae dont Eriophyes fraxinivorus Galles sur fruits 4,4% 4,1%
Miridae Morsures et déformations sur feuilles 6,7% 8,7%
Cecidomyiidae dont Dasineura fraxini Galles sur folioles 25,3% 23,3%
Aphidoidea Dépôt de miellat sur feuilles 6,7% 2,3%
Tenthredinidae Morsures des feuilles 0,9% 3,2%
Tortricidae Enroulement des folioles 4,0% 7,3%

 

Agents cryptogamiques sur érables 2006 2007
Armillaria spp. Lignivore sur tronc et racines 0,9% 23,6%
Cristulariella depraedans Nécroses sur feuilles 4,0% 21,8%
Rhytisma acerinum Maladie des taches noires des feuilles 70,2% 69,8%
Uncinula aceris Oïdium sur feuilles 16,9% 7,1%
Ascochyta aceris Anthracnose 10,2% 14,7%
Gloeosporium apocryptum Nécroses sur feuilles 13,3% 22,7%
Petrakia echinata Nécroses sur feuilles 8,9% 41,3%

 

Arthropodes ravageurs sur érables 2006 2007
Eriophyidae dont Eriophyes eriobus Galles et érinose sur feuilles 76,4% 27,2%
Aphidoidea Dépôt de miellat sur feuilles 53,8% 43,3%
Chrysomelidae Morsures sur feuilles 5,8% 5,8%
Cynipidae dont Pediaspis aceris Galles sur le feuillage 39,6% 30,4%
Cicadellidae Piqûres du feuillage 14,2% 21,4%
Coccidae Dépôts cireux sur feuilles 10,2% 17,4%
Coleophoridae Mines en plaque sur feuilles 5,3% 5,4%
Curculionidae Morsures sur feuilles 7,1% 3,6%
Geometridae Morsures sur feuilles 8,0% 3,6%
Gracillariidae Mines en plaques sur feuilles 3,1% 8,5%
Tenthredinidae Morsures sur feuilles 6,2% 8,0%
Tortricidae Enroulement des feuilles 7,6% 3,1%

Publications

Contribution

Personnes partenaires dans l’étude de la maladie de l’aulne et le monitoring des bandes riveraines :

Ir Natacha Debruxelles – Assistante de recherche

FUSAGx – Unité de Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels
2, Passage des Déportés – 5030 Gembloux – Belgique
Tel : + 32 (0)81/622.377
Fax : + 32 (0)81/622.301

 

Dr Hugues Claessens – Premier assistant de recherche

FUSAGx – Unité de Gestion des Ressources forestières et des Milieux naturels
2, Passage des Déportés – 5030 Gembloux – Belgique
Tel : + 32 (0)81/622.381
Fax : + 32 (0)81/622.301

Coordinateur (CRA-W)

Equipe impliquée