Le capteur de spores : un baromètre de l’état de santé de nos forêts

Anne CHANDELIER
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Le capteur de spores : un baromètre de l’état de santé de nos forêts

De nombreuses maladies qui affectent nos essences forestières sont causées par des champignons qui se dispersent via des spores transportées par le vent parfois sur de longues distances.

Certaines spores comme celles associées aux rouilles par exemple, sont capables de parcourir des milliers de kilomètres tout en restant viables. D’autres sont produites à partir de bois d’emballage ou de plants de pépinières infectés en provenance de pays lointains. Si l’environnement leur est favorable (conditions climatiques et plantes hôtes présentes), ces « maladies exotiques » peuvent s’établir et, éventuellement, se propager à partir des premiers foyers d’infection causant des dégâts considérables aux essences ligneuses qui y sont sensibles. Ce scénario s’est probablement produit lors de l’introduction de Chalara fraxinea, le champignon responsable de la chalarose du frêne en Europe ou de Cryphonectria parasitica, l’agent du chancre du châtaignier, deux champignons originaires d’Asie.

Pour faire face à ces menaces phytosanitaires, l’utilisation d’outils de détection précoce, et notamment de capteurs de spores, est envisagée. Toutefois, dans des environnements tels que les forêts, les parcs, les ports ou les pépinières, ces capteurs doivent répondre à divers critères : Ils doivent être (1) peu coûteux (pour permettre une utilisation à large échelle et limiter les coûts liés à leur remplacement en cas de vandalisme), (2) faciles à transporter et à installeret(3) robustes(capables de fonctionner en tout temps). Le laboratoire de mycologie du CRA-W développe de tels capteurs dans le cadre du projet européen RESIPATH (http://www.slu.se/resipath).

En 2014, des tests comparatifs avec d’autres systèmes de capture ont été réalisés en Wallonie en considérant trois maladies présentes dans nos forêts (la chalarose du frêne, l’oïdium du chêne et le fomes des résineux). Ces tests ont montré que les capteurs développés au CRA-W répondaient aux trois critères établis et détectaient les plus faibles concentrations de spores comparés à des capteurs passifs (filtres papiers) ou à impaction (Burkard sampler). Dans une seconde étape, le capteur développé sera combiné à des techniques récentes permettant la détection d’un grand nombre de champignons à la fois. Cet outil devrait aider les services de la protection des végétaux à mettre en place des mesures rapides de lutte contre les maladies émergentes. Il devrait aussi permettre une meilleure compréhension de l’épidémiologie des maladies fongiques qui affectent nos écosystèmes forestiers dans un contexte de changement climatique.

Financement : BELSPO

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