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20 Mai 2021

Le parcours, un outil au service de l’autonomie alimentaire en élevage de volaille plein air

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Extrait du dossier spécial "Aliments fermiers pour les volailles de chair" de la Lettre Paysanne n°110 de mai 2021.

Le nouveau règlement européen sur l’agriculture biologique qui entrera en vigueur le 01/01/2022 prévoit que l’alimentation pour les monogastriques sera à 100% d’origine biologique à l’exception des jeunes animaux[1], pour lesquels la dérogation de 5% d’alimentation d’origine conventionnelle sera maintenue jusqu’au 31/12/2026.

Ce passage à une alimentation 100% biologique a été reporté à plusieurs reprises et représente un grand défi pour le secteur. Il s’agit en effet de répondre aux besoins en protéine de la volaille et plus spécifiquement en acides aminés essentiels méthionine et cystine. L’optimisation de l’usage du parcours et de son apport dans l’alimentation peuvent constituer une option pour tendre vers une alimentation 100% biologique.

Cet article a pour objectif de présenter la place que peut occuper le parcours volaille comme ressource alimentaire complémentaire à la ration. Pour jouer pleinement ce rôle, des aménagements et enrichissements sont à prévoir, tant au niveau de la strate ligneuse que de la strate herbacée. L’implantation d’espèces pérennes riches en protéine, assurant un couvert herbacé dense constitue un levier, parmi d’autres, pour réduire la dépendance alimentaire.

Le parcours, une ressource sous exploitée

L’élevage plein air alloue un parcours extérieur aux volailles durant la majeure partie de leur vie. En AB, il faut prévoir 4m2 par adulte, soit une surface de 2 ha par bâtiment de 4800 poulets. Force est de constater que le parcours est souvent sous utilisé par les volailles. D’origine arboricole, la volaille se sent menacée lorsqu’elle se déplace sur des surfaces dépouillées, sans abris pour se protéger d’éventuelles attaques de rapaces.

Des aménagements à prévoir

Pour que les poulets explorent le parcours et puissent tirer profit des apports alimentaires qui lui sont offerts, des aménagements doivent être prévus qui lui permettent de s’abriter (des intempéries et des prédateurs) et de se repérer dans l’espace.

La strate ligneuse, un guide et un abri

Pour aider la volaille à se repérer sur le parcours, des guides doivent être créés pour l’inciter à dépasser la sortie immédiate de trappes et se déployer sur l’entièreté du parcours. Ainsi, à proximité directe des trappes, des haies sont implantées qui créent un microclimat, une atmosphère protégée dans la continuité du bâtiment, pour favoriser la sortie. Plus loin, des bosquets ou des arbres isolés sont prévus, assez proches les uns des autres, pour permettre à la volaille de se déplacer facilement d’un repère à l’autre. A l’arrière du parcours des ensembles d’arbres viennent attirer la volaille où elle peut séjourner plusieurs heures. L’objectif étant de déployer le troupeau sur la surface la plus vaste possible, évitant ainsi de créer des zones surexploitées et concentrées en déjections. 

D’autres facteurs favorisent également la sortie et la dispersion des volailles sur le parcours. Il s’agit entre autres :

  • De la génétique utilisée : Il est important de choisir une souche de volaille qui soit adaptée au système de pâturage extensif. Les oiseaux à croissance lente sont plus actifs que les poulets de chair à croissance rapide, surtout après les premières semaines de vie.
  • De la gestion du couvert herbacé : En vue d’amener la volaille à s’alimenter sur le parcours, il faut pouvoir assurer un statut élevé de qualité du pâturage proposé (mélange de variétés adaptées à l’alimentation des volailles, couvert appétant).
  • De la qualité de la ration : la qualité de la ration distribuée aux volailles ainsi que les espèces présentes sur les parcours influencent les quantités de végétaux ingérés par les animaux. Un aliment moins riche (nutritionnellement) et moins adapté aux besoins de l’animal favorisera davantage leur sortie sur le parcours
  • De la taille du troupeau : plus la taille du troupeau est importante, plus la proportion d’oiseaux s’aventurant à l’extérieur est faible.
La strate herbacée, une ressource alimentaire précieuse

Toutes les espèces de plantes herbacées ne conviennent pas à un parcours pour volailles. Il faut privilégier les espèces pérennes, de type gazonnant, proche du sol, assurant une bonne couverture en sortie de poulailler et résistantes au piétinement, au grattage et au picage. Les espèces avec une bonne capacité de régénération et avec une productivité importante sont à retenir, de même que celles qui permettent le recyclage de l’azote apporté par les déjections (mélanges graminées/légumineuses). En fond de parcours, les espèces de fauche peuvent être intéressantes. En bref, la préférence doit aller vers des mélanges d’espèces afin de disposer d’une flore variée.

Les graminées résistent généralement mieux au pâturage par de la volaille que les dicotylées. Les meilleures performances de résistance au piétinement ont été enregistrées avec les fétuques et les pâturins. Le port de la plante a également de l’importance, la flexibilité des feuilles est un atout. Les légumineuses (trèfle blanc, trèfle violet, luzerne) sont riches en protéine et sont généralement bien appétées par les volailles. D’autres espèces végétales comme la chicorée peuvent également fournir un fourrage très apprécié des volailles.

Tableau des espèces convenant le mieux aux prairies pour parcours (source : ITAVI[2])

 

Vitesse implantation 

Couverture sol 

Résistance piétinement 

Pérennité 

Exportation N 

Aptitude fenaison 

Ray grass anglais 

Ray grass italien/hybride 

+/- 

+/- 

Dactyle 

Fétuque des prés 

+/- 

+/- 

+/- 

+/- 

+/- 

Fétuque rouge 

+/- 

Fétuque élevée 

Pâturin des prés 

+/- 

+/- 

Trèfle Blanc 

+/- 

 

 

 

Trèfle Violet 

+/- 

+/- 

+/- 

De façon générale, le parcours enherbé est une ressource alimentaire intéressante. Cependant la consommation du couvert végétal par les volailles est peu documentée. La plupart des études indiquent que la consommation de végétaux est très variable. Les facteurs de variation sont :

  • L’individu et sa motivation à explorer le parcours. Pour des poulets « explorateurs », la consommation d’herbe peut représenter jusque 10 % de la matière sèche journalière ingérée.
  • La teneur en protéine de l’aliment distribué au poulailler : des études menées en France (Germain et al., 2015[3]) démontrent qu’une exploitation optimale du parcours irait de pair avec une diminution de la teneur en protéine de la ration des poulets (diminution de 2 %). L’hypothèse est que les poulets compensent l’apport nutritionnel inférieur de la ration par une plus grande exploration, utilisation du parcours et consomment ainsi d’avantage de végétaux.
  • La saison : la consommation de végétaux est maximale en été où elle peut atteindre 15,4 g de MS/poulet de chair en croissance.
  • Les phases de développement des poulets : sur parcours enherbé, l’été, les poulets en croissance auraient tendance à ingérer 3 fois plus de couvert végétal que les poulets en finition (Alteragri, 2011[4]).
  • Le type de plantes présents dans le couvert : les mélanges d’espèces (graminées/légumineuses/autres plantes) sont à privilégier. Les espèces prairiales doivent de préférence être proposées jeunes au volaille (stade « feuillu »). C’est à ce stade de développement qu’elles sont naturellement riches en protéine (> 20 % de la MS). Les teneurs en lysine et en méthionine, deux acides aminés limitants pour les volailles, sont également intéressantes.

Un des inconvénients majeurs à l’utilisation du parcours enherbé pour couvrir les besoins alimentaires des volailles, reste la saisonnalité de sa disponibilité. Cela implique de modifier les rations en fonction des saisons et de l’état du couvert.

Entretien de la strate herbacé

L’implantation et l’entretien du parcours se font comme dans le cas d’une prairie permanente : labour et passage de la herse pour la préparation du sol, passage du rouleau et semi pour l’implantation du couvert. Il est recommandé de semer à forte densité.

Des coupes doivent être assurées entre les bandes de poulet (durant les vides sanitaires) pour gérer les adventices et garantir une hauteur d’herbe optimale qui permet d’éviter le gaspillage par piétinement. Le foin récolté permettra de nourrir les ruminants de l’exploitation.

Le passage des machines agricoles pour l’entretien du parcours est à prendre en compte dans l’espacement entre les arbres et bosquets.

Encart : Exemple de couverts testés au CRA-W

Densité de semis (kg/ha pour une densité de 2000 grains/m²)

Couvert 1

Couvert 2

Couvert3

53

39

35

Plantes herbacées

 

Ray grass anglais intermédiaire

Fétuque des prés

Fléole

Pâturin

Trèfle blanc (petite feuille)

Trèfle blanc nain

Luzerne

Chicorée

(% en poids dans le mélange)

 

85

47

31

/

20

13

/

17

11

/

10

7

15

6

4

/

/

12

/

/

15

/

/

8

Gestion du parasitisme et parcours

La gestion du parasitisme représente un point d’attention particulier (M. Moerman et A. Rondia, 2019 ; K. Germain, 2014[5]). En effet, les parcours de volailles constituent un réservoir d’organismes parasites pouvant affecter la santé des animaux. La pression parasitaire peut être contenue de diverses manières (pouvant se combiner entre elles) :

  • Respecter un vide sanitaire de 2 mois, voire plus si possible (rotation des parcs);
  • Éviter la présence de flaques et de boue sur le parcours, ainsi que les zones nues;
  • Désinfecter les zones à risque, de concentration des animaux (chaux vive ou soude caustique);
  • Préférer le parcours arboré plutôt que la prairie seule;
  • Introduire sur le parcours des plantes aromatiques aux propriétés médicinales (basilic, persil, fenugrec, tanaisie ou ail);
  • Avoir recours au vaccin (anticoccidien) et à la phytothérapie (huiles essentielles) à des fins préventives et curatives.

Effet du parcours sur la qualité des produits

Concernant le poulet de chair, le parcours permet d’améliorer la valeur santé de la viande, à travers un enrichissement en acides gras polyinsaturés, vitamine E et autres nutriments (Tufarelli, Ragni et Laudadio, 2018). Il peut influencer positivement ses qualités sensorielles (Sossidou, et al. 2015). Par ailleurs, les poulets biologiques présenteraient des carcasses avec un pourcentage de poitrine et de pilons plus élevé et des niveaux de graisse abdominale plus faibles. Les muscles auraient un pH et une capacité de rétention d'eau plus faibles (Sossidou, et al. 2015).

Contacts : Marie Moerman (m.moerman@cra.wallonie.be) ; Virginie Decruyenaere (v.decruyenaere@cra.wallonie.be) ; Pierre Rondia (p.rondia@cra.wallonie.be) ; Alain Rondia (a.rondia@cra.wallonie).

Autre retour presse :

Sillon Belge 21/06/21

[1] Cette notion est à définir par chaque état membre.
[2] ITAVI : Guide technique : aménagements arborés des parcours de volaille, https://www.itavi.asso.fr/content/guide-technique-amenagement-arbores-des-parcours-de-volailles
[3] Germain et al, 2015. Onzièmes Journées de la Recherche Avicole et Palmipèdes à Foie Gras, Tours, les 25 et 26 mars 2015, pp 1023 – 1026.
[4] Alteragri 2011. Dossier – volailles : Volailles biologiques une recherche active ! https://www.psdrgo.org/content/download/3299/33676/version/1/file/AA105dossier-volaille.pdf
[5] Vous trouverez cette référence bibliographique et les suivantes dans le document repris en suivant ce lien : https://www.cra.wallonie.be/fr/content/download/69229

Equipe

VD Marie MOERMAN
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