Mettre en place un suivi régional de la santé des Sols en Wallonie
Objectifs
Le projet WalIndiSol vise à
- consolider les indicateurs de santé des sols, notamment en lien à la qualité biologique,
- proposer un réseau de suivi des indicateurs (‘Soil Monitoring Network’) afin de déterminer les gammes de références régionales pour tous types d’usages tels que définis dans le Décret Sol 2018,
- développer les bases de données et outils d’interprétation des résultats d’analyses,
- proposer aux particuliers et professionnels du secteur un volet d’analyses consacré à la qualité biologique des sols en collaboration avec les laboratoires du réseau REQUASUD, et
- pérennisation du système de suivi de la santé des sols wallons.
Contexte
La notion de « santé du sol » est définie par la Commission européenne dans la stratégie européenne sur les sols (COM 2021) comme suit : « Les sols sont en bonne santé quand ils sont en bonne condition chimique, biologique et physique, et donc à même de fournir continuellement autant de services écosystémiques suivant que possible :
- Servir de base à la production alimentaire et la biomasse, en ce compris l’agriculture et la sylviculture ;
- Absorber, stocker et filtrer l’eau et transformer les nutriments et substances, protégeant ainsi les masses d’eau ;
- Fournir la base de la vie et de la biodiversité, en ce compris les habitants, espèces et gènes ;
- Agir comme réservoir de carbone ;
- Fournir une plateforme et des services culturels pour les humains et leurs activités ;
- Agir comme une source de matières premières ;
- Constituer un archivage du patrimoine géologique, géomorphologique et archéologique ».
Jusqu’ici, ce sont les aspects physico-chimiques des sols (taux d’argiles, teneurs en C, N, éléments disponibles comme P et K, par exemple) qui ont été les plus étudiés et suivis par les scientifiques du sol et les agronomes. Or, la qualité biologique des sols fait référence à l’abondance, la diversité et l’activité des organismes vivants qui participent au fonctionnement des sols, leur permettant ainsi de remplir leurs fonctions et de rendre de nombreux services écosystémiques. Il apparaît dès lors nécessaire, en complément des aspects physico-chimiques, d’évaluer la qualité biologique des sols et son évolution au travers du développement et du suivi d’indicateurs spécifiques.
Le projet entre également en résonnance avec la nouvelle directive (EU) 2025/2360 du parlement européen et du conseil relative à la surveillance et l’évaluation de la santé des sols entrée en vigueur le 16 décembre 2025. Cette directive définit un cadre harmonisé de surveillance de la santé des sols, avec pour objectif des sols en bonne santé d’ici 2050. Chaque Etat membre se doit de transposer la directive dans leur législation au plus tard le 17 décembre 2028. Le projet œuvre dès lors à développer un réseau de suivi de la santé des sols wallons répondant aux exigences de la Directive (UE) 2025/2360 grâce à une structuration par unités de sols et une chaîne d’analyse de descripteurs spécifiques.
Les 6 phases du projet :
Le projet s’articule en six phases que sont
- la définition des indicateurs
- le développement d’un soil monitoring network et son échantillonnage
- l’analyse des données consécutives
- leur organisation sous forme d’une base de données et le développement d’un référentiel
- le transfert vers les laboratoires du réseau REQUASUD
- la pérennisation du système de monitoring.
Définition des indicateurs
Une revue bibliographique a permis d’établir un inventaire des indicateurs de qualité biologique des sols ainsi que leur corrélation potentielle et leur lien avec les services et fonctions écosystémiques. Une analyse de la faisabilité opérationnelle de la mise en place d’un suivi des indicateurs pressentis en termes de moyens humains, techniques et financiers a été réalisée. En croisant les informations, une sélection d’indicateurs pressentis pour la surveillance des sols wallons a pu être dégagée.
La directive (EU) 2025/2360 relative à la surveillance et à l’évaluation de la santé des sols (« Soil Monitoring Law ») liste une série d’indicateurs physico-chimiques et biologiques de la santé des sols ainsi que leur méthode d’analyse et leur valeur cible. Ces indicateurs font de facto partie des indicateurs retenus.
Afin d’assurer l’échantillonnage et les analyses de l’ensemble des indicateurs physico-chimiques et biologiques sélectionnés, des protocoles de terrain et de chaîne de mesure ont été développés.
Soil monitoring network
Un Soil Monitoring Network (SMN) à l’échelle régionale est en cours d’établissement. Il se nomme le MSW, c’est-à-dire Monitoring des Sols de Wallonie. Il s’agit d’un ensemble de sites où la qualité du sol sera évaluée périodiquement (tous les 6 ans) par l’analyse d’un ensemble de paramètres, que constituent ici nos indicateurs de qualité physique, chimique et biologique des sols. Ce SMN sera stratifié en fonction :
- des catégories d’usage des sols telles que définie dans la réglementation LULUCF-EU (2018/841) (Cropland, Grassland, Forest Land, Wetlands, Settlements), et
- des grands types de sols.
Le SMN est développé, en capitalisant sur des réseaux existants ( IPRFW, LUCAS), et en conjugaison avec les préconisations de la directive (EU) 2025/2360. Il est construit en concertation avec le projet PRW 114 (’Mettre en place un suivi régional des stocks de carbone dans les sols’) et l’activité 115.2 (‘Développer un indicateur intégré de la qualité des sols’ - IQSW). Afin d’assurer la revisite des sites, et donc la pérennisation du SMN, un système d’identification et de localisation des points de mesure est développé.
Au total, 3 campagnes de mesure des indicateurs de santé des sols sélectionnés au cours de la première phase ont été réalisées à travers le Soil Monitoring Network. Un ensemble de co-variables sont collectées telles que d’autres paramètres pédologiques, géomorphologiques, climatiques ou d’utilisation/management des sols, sous formes cartographiques ou de bases de données/observations spatialisées.
Analyse des données
L’analyse des données aura pour objectifs (i) de détecter des tendances spatiales en termes de qualité biologique, physique et chimique des sols, (ii) d’identifier les principaux facteurs explicatifs grâce à l’analyse des relations des tendances aux co-variables collectées précédemment, et (iii) de dégager les indicateurs les plus pertinents en termes de sensibilité, de redondance et de faisabilité.
La recherche de proxys permettant l’estimation de variables biologiques à partir d’un ou d’une combinaison de paramètres plus simples à mesurer sera réalisée. Outre l’exploitation des variables relatives à la physico-chimie des sols et à l’environnement physique du site, le potentiel de la spectroscopie dans le visible et le proche infrarouge (VIS/NIR) sera exploré pour la prédiction des indicateurs biologiques.
Base de données et référentiel
Sur base des analyses de données, les indicateurs et/ou proxys les plus pertinents seront sélectionnés pour constituer le jeu définitif de paramètres jugé le plus efficace pour la surveillance de la santé des sols wallons. Cette sélection d’indicateurs devra donc répondre à différents critères qui sont : (i) de couvrir les dimensions physico-chimiques de la qualité des sols ainsi que les différentes dimensions essentielles de la biologie des sols (abondance, diversité, bio-indicateurs fonctionnels) ; (ii) d’éviter au maximum la redondance entre les indicateurs ; et (iii) de présenter un niveau de faisabilité acceptable, représentant le meilleur rapport possible entre le niveau d’information collecté et les coûts du monitoring.
Les données récoltées lors des 3 campagnes d’échantillonnage sont regroupées sous forme d’une base de données relationnelle. Celle-ci est accompagnée d’un référentiel méthodologique.
Ces données, complétée par les données pré-existantes (ex : IPRFW, Requasud, LUCAS…), contribueront à l’élaboration de référentiel d’interprétation afin d’assurer le suivi de l’évolution de la santé des sols wallons au cours du temps.
Transfert vers REQUASUD
Une sélection d’indicateurs de santé des sols faciles à mesurer ou à prédire via des proxys (propriétés physico-chimiques des sols, spectroscopie VIS/NIR) sera déterminée afin d’assurer un transfert de compétences vers le réseau REQUASUD. La prise en main en termes de mesure et d’interprétation doit être envisageable pour les laboratoires du réseau. L’ensemble des méthodes d’échantillonnage et de mesure sera intégré dans le Compendium Wallon des méthodes d’Echantillonnage et d’Analyse (CWEA). Le projet prévoit également une harmonisation de l’interface informatique et des canevas d’encodage pour les différents laboratoires du réseau REQUASUD.
Le projet prévoit un renforcement en personnel et en équipement des laboratoires du réseau REQUASUD afin d’augmenter leur offre en termes de nombres d’échantillons traités et d’analyses proposées. Cette amélioration de l’offre aura un but double : d’une part, permettre aux particuliers et aux professionnels du milieu agricole d’obtenir des données sur la qualité de leurs sols et les conseils de gestion qui en découlent, et d’autre part, alimenter la base de données centralisée de REQUASUD qui contribue au suivi de la qualité des sols en Wallonie ( cfr Publications de RequaSud).
Pérennisation du système de monitoring
Le projet vise à alimenter le tableau de bord de l’environnement wallon, de même que le premier rapportage de la Directive (EU) 2025/2360 auprès de la Commission européenne (COM) et de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) attendu pour la mi-2032.
Le projet aboutira à la proposition de divers scénarios pour atteindre ces objectifs prenant en considération un niveau de faisabilité acceptable, représentant le meilleur rapport possible entre le niveau d’information collecté et les coûts du monitoring.
Mécanisme de subside à l’analyse
Le projet prévoit de mettre en place un mécanisme de subside à l’analyse pour les particuliers et les professionnels. Cette campagne de subsides a été mise en place à travers la diffusion d’un appel à candidatures en juin 2026 et vise à tester et améliorer un nouvel outil : l’IQSW-pro.
Ce subside à l’analyse permet d’étudier environ 200 sites d’intérêt et couvre l’ensemble des coûts logistiques, analytiques ainsi que le diagnostic IQSW. Cela permet d’acquérir des données sur la qualité et la santé des sols, de consolider le développement de l’outil IQSW et de le populariser auprès des particuliers et des professionnels tout en fournissant une demande continue aux laboratoires du réseau REQUASUD, notamment pour les analyses développées dans le cadre du projet.
Une campagne d’échantillonnage a débuté début octobre 2026 pour réaliser l’étude des 200 sites subsidiés. Le mécanisme de subsides, ainsi que la campagne d’échantillonnage se poursuivront jusque fin 2027. Les participant.e.s à ce mécanisme de subside recevront un diagnostic complet IQSW-pro en échange de leur engagement à fournir des informations sur les pratiques de gestion du sol.
Financement
Plan de Relance Wallonie (Projet 115 ). #wallonierelance