L'exposition des abeilles mellifères aux pesticides est-elle correctement estimée dans l’évaluation du risque?
22 juin 2017 Louis HAUTIER
abeilles

Pour évaluer le risque des pesticides à l’égard des pollinisateurs, il est important d’évaluer à la fois la toxicité et de comprendre comment les pollinisateurs sont exposés. Une étude[1] menée par le CARI et le CRA-W, financé par le Service public de Wallonie, apporte de nouveaux éléments dans l’évaluation du risque d’exposition des abeilles aux pesticides.


Actuellement, le risque d’exposition pour les pollinisateurs est considéré élevé pour les cultures attractives fournissant du nectar et du pollen (colza, fruitiers) et négligeable pour les autres cultures comme la betterave ou les céréales (« cultures non attractives »). Toutefois, le prélèvement dans 40 ruchers, de 60 échantillons de pelotes de pollen collectées par des abeilles domestiques à la fin de la saison (août à octobre) montre des rentrées de plusieurs pesticides dans des environnements dominés par des cultures non attractives pour les abeilles. Alors qu’à cette période de l’année, l’utilisation de pesticides est limitée et que les cultures attractives ne sont plus en fleur, les pelotes de pollen collectées ont été principalement contaminées par deux fongicides : le boscalid (n= 19 échantillons) et le pyremethanil (n=10) et un insecticide, le dimethoate (n=10) ainsi que marginalement par d’autres substances : trois fongicides (cyprodinil, kesoxim-methyl, trifloxystrobin) et un insecticide néonicotinoide (thiamethoxam) (Figure 1). L’analyse de l’occupation du sol (types de cultures) autour des ruchers montre clairement un lien entre la surface de culture potentiellement traitée dans un rayon de 3 km et la proportion d’échantillons de pollen contaminés par le boscalid et le dimethoate. De manière générale, plus les ruchers sont entourés de cultures, plus le risque de contamination est élevé. Les chercheurs n'ont par contre pas pu établir de lien clair entre les contaminations par du pyrimethanil et les pratiques culturales autour des ruchers ce qui montre qu'il n'est pas toujours évident d'évaluer le risque d'exposition des abeilles sur base des pratiques agricoles. Quant à l’analyse de l’origine du pollen, elle indique que le pollen rapporté à cette époque dans ces ruchers est issu majoritairement de fleurs sauvages ou de fleurs semées mais non traitées, comme la phacélie. Cette dernière est une espèce très attractive pour les abeilles. Elle est utilisée dans les bandes fleuries jouxtant les cultures ou comme culture de couverture pour piéger les nitrates (CIPAN). Plusieurs hypothèses peuvent être émises pour expliquer la contamination de ces fleurs : la dérive sur les bords des champs ou encore pour les produits ayant des propriétés systémiques, la mobilisation par ces plantes à fleurs des résidus de pesticides présents dans le sol. Ces voies d’exposition devraient être précisées dans le futur.

 

Ces résultats suggèrent que les pesticides appliqués sur des cultures non attractives pour les pollinisateurs, comme les céréales ou la betterave, et donc théoriquement considérés sans risque pour les pollinisateurs, peuvent être des sources d’exposition pour les abeilles. Dès lors, dans l’évaluation du risque des pesticides pour les abeilles, le concept de culture non attractive devrait être revu. De plus, à cause des diverses contaminations possibles, les mesures d'aménagement du territoire a priori favorables aux pollinisateurs comme les bandes fleuries pourraient augmenter le risque d'exposition aux pesticides.

[1] Simon-Delso, N., G. S. Martin, E. Bruneau, C. Delcourt, and L. Hautier. 2017. The challenges of predicting pesticide exposure of honey bees at landscape level. Scientific Reports 7:3801.

https://www.nature.com/articles/s41598-017-03467-5


Mise à jour 22 juin 2017