Nos prairies, un atout pour la biodiversité des agroécosystèmes
30 mai 2017 Morgane CAMPION
CRA-W info bioecosys

Le CRA-W met en évidence l’importance de gérer ses prairies pour accroître la diversité floristique et par conséquent les services écosystémiques. En effet, dans le contexte d’une agriculture durable et multifonctionnelle, il est essentiel de concilier les services de production et les services de régulation.


Dans nos systèmes d’élevage, qui occupent près de 50 pc. de la SAU wallonne, le défi est de coupler la production d’herbe aux fonctions de régulation qu’exercent potentiellement les prairies tels que le stockage de carbone, la filtration de l’eau, la régulation de l’érosion des sols ou la pollinisation. En effet, des études récentes indiquent un lien entre le fonctionnement de l’écosystème prairial et la fourniture d’un ensemble de service indispensable à nos sociétés et à leur développement. Le panel des fonctions que peut soutenir un agroécosystème est étroitement lié à la biodiversité qu’il abrite. Ainsi, un milieu riche en espèces assure une diversité de fonctions plus importante (chacune des espèces pouvant jouer un rôle complémentaire) mais est aussi potentiellement plus stable face aux perturbations (le rôle laissé libre par une espèce disparue pouvant être rapidement assuré par une autre espèce). Dès lors, il nous est apparu important de préciser les liens existant entre gestion et diversité floristique au sein des prairies.

Dans le cadre du projet BIOECOSYS, le suivi de la flore dans 49 prairies réparties en Ardenne, en Famenne et dans le Pays de Herve a confirmé l’existence d’un lien entre la diversité floristique et l’intensité de la gestion : les prairies extensives possédant jusqu’à plus de 30 espèces contre moins d’une dizaine d’espèces pour les plus intensives. Il est à souligner que l’augmentation de la diversité floristique est rapide suite à un relâchement de l’intensité de gestion, que ce soit, par exemple, en retardant la première fauche au-delà du 15 juin ou en substituant les engrais minéraux par des engrais organiques. Par exemple, les prairies intensives ardennaises sous régime conventionnel montrent des niveaux de richesse spécifique plus faibles par rapport aux prairies en agriculture biologique dans cette même région (en moyenne 9 vs. 15 espèces observées en prairies temporaires et 11 vs. 15 espèces observées en prairies permanentes). En agriculture biologique, le cortège floristique est donc plus diversifié, avec la présence d’espèces telles que la flouve odorante, la crételle ou encore l’achillée millefeuille, et plus abondant en légumineuses, avec par exemple, pour le trèfle rampant, 15 à 25 pc. de recouvrement contre 5 pc. dans les prairies intensives conventionnelles. 

Dès lors, une gestion modérée de la prairie, avec des intrants de type organique, semble être un atout dans le renforcement des services de régulation tout en maintenant un service de production fourragère d’une qualité satisfaisante (de l’ordre de 800 VEM en moyenne pour la première coupe). En effet, ce type de gestion permet le développement d’une diversité floristique plus importante, avec notamment un développement des légumineuses, qui contribue positivement  à la fois à (1) la digestibilité et la valeur nutritive du fourrage, (2) la fertilité des sols en stimulant la fixation de l’azote atmosphérique au niveau de leurs nodosités, (3) la séquestration du carbone et (4) la fourniture de ressources alimentaires aux pollinisateurs.


Mise à jour 30 mai 2017