La luzerne

Virginie DECRUYENAERE
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La luzerne fixe l’azote atmosphérique , facilite le développement des plantes adjacentes et diminue l’utilisation d’engrais azoté

C’est quoi ?

La luzerne est une légumineuse. Ces plantes sont capables de fixer l’azote atmosphérique et de le rendre disponible pour la culture ce qui facilite le développement des plantes adjacentes à la luzerne et diminue l’utilisation d’engrais azoté.

Pourquoi ?

La première utilisation de la luzerne est l’alimentation des ruminants. Elle est riche en protéines et présente un bon profil en acides aminés. Elle permet de produire jusqu’à 2.500 kg de proté- ines/ha.

De plus, grâce à son enracinement puissant, elle tolère bien la sècheresse. Elle est aussi considé- rée comme une culture nettoyante, du fait des coupes répétées.

Comment la cultiver ?

Le semis

L’inoculation de la luzerne juste avant le semis est indispensable. On retrouve le plus souvent deux types de luzerne : le provencal et le flamand. C’est ce dernier qui doit être semé car il est résistant au froid. Le semis doit être effectué à 1 cm de profondeur, à la dose de 25 kg/ha, et doit être roulé afin d’assurer un bon contact graine-sol. Dès que le sol est bien réchauffé, un semis de printemps peut être accompagné d’avoine (environ 80 kg), qui va offrir une récolte précoce. Pour les semis après céréale (jusqu’au 1er septembre), et selon les conditions, la dose de semis pourra être augmentée à 28 kg/ha.

La luzerne peut être cultivée seule ou en association avec du dactyle (15 + 12 kg/ha) ou de la fétuque élevée (15 + 18 kg/ha). Les associations sont en général plus productives et couvrent mieux la surface du sol, ce qui permet de contrôler les adventices. Ces associations fournissent un fourrage plus équilibré et une production mieux répartie sur l’année.

La luzerne contenant peu de sucres, l’associer à des graminées permettra d’apporter des sucres favorables à la fermentation, ce qui mènera à une meilleure conservation de la luzerne sous forme d’ensilage ou d’enrubannés.

Conditions de culture

La luzerne est à proscrire sur les parcelles hydromorphes ou inondées pendant l’hiver et les sols compacts. En effet, pour que les bactéries symbiotiques (Rhyzobium) assurent la captation de l’azote, il faut que le sol ait une bonne structure et soit aéré. De plus, il faut que l’acidité du sol soit modérée.

Pour pérenniser la culture, il convient de la laisser venir en fleurs une fois par an (10 % de fleurs suffisent), afin que la plante puisse reconstituer ses réserves racinaires.

Le pâturage peut être envisagé pour les petits ruminants. Pour des bovins adultes, la luzerne ne supportant pas le piétinement, les conditions de portance doivent être excellentes, sous peine de causer des dommages irréversibles à la culture.

Captant l’azote de l’air, la luzerne s’insère bien dans les rotations avec des cultures exigeantes au niveau de la fertilisation. Cependant, il faut éviter la luzerne dans les rotations chargées en légu- mineuses afin d’éviter les problèmes liés aux champignons du sol (Sclerotinia par exemple).

La récolte

La valeur alimentaire varie avec le stade de récolte. La période optimale pour récolter la luzerne est celle du stade bouton. Cependant, la luzerne possède une bonne souplesse d’exploitation, le taux de protéines étant moins affecté par le stade que les graminées.

La hauteur de fauche doit être de minimum 7 cm, afin de favoriser la repousse. Il faut éviter si possible les engins lourds, la luzerne ne supportant pas le tassement.

La luzerne peut être conservée sous forme d’ensilage, de balles enrubannées ou de foin. La majorité de la valeur alimentaire de la luzerne se situe dans ses feuilles, ce qui en fait un fourrage délicat à récolter surtout sous forme de foin, les opérations de fanage doivent se faire dans de très bonnes conditions pour limiter les pertes de feuilles.

Au niveau de la fauche, on peut utiliser une faucheuse sans conditionneur. Les conditionneurs à rouleaux, plus doux pour le fourrage et les conditionneurs à doigts peuvent également être utilisés à condition de limiter l’impact du conditionneur. Les conditionneurs à fléaux sont à déconseiller.

Pour le fanage, une faneuse classique peut être utilisée à condition de limiter la vitesse de rota- tion de l’outil et retourner la luzerne en matinée, lorsqu’il reste de la rosée, sous peine de perdre des feuilles. Le pressage par temps ensoleillé est à proscrire, car c’est à ce moment-là que les feuilles sont les plus fragiles.

Dans le cadre d’une récolte en enrubannés, il faudra atteindre minimum 40 % de matière sèche.

La luzerne est difficile à conserver seule sous forme d’ensilage, car elle contient peu de sucres solubles et possède un pouvoir tampon relativement élevé.

La luzerne convient bien au séchage en grange. En effet, sa teneur en fibres et sa structure favo- risent la circulation de l’air, ce qui permet de la sécher rapidement dans les cellules ventilées.

La luzerne peut aussi être andainée alors que la MS est de 60 % et le séchage finalisé au sol avec un retourneur d’andains.

La luzerne dans la ration

La luzerne est un fourrage riche en protéines, qui peut équilibrer des rations à base de four- rages énergétiques comme le maïs. Son profil en acides aminés est proche de celui du tourteau de soja. De plus, récoltée à un stade avancé, la luzerne est un aliment assez fibreux, ce qui permet d’améliorer la rumination et de limiter les risques d’acidose. Elle est également riche en minéraux (notamment le calcium), en oligoéléments et en β-carotène. La luzerne est généralement bien ingérée par le bétail, à taux de cellulose identique, 2 à 3 kg supplémentaires sont ingérés.

Cependant, les protéines contenues dans les légumineuses fourragères sont très dégradables dans le rumen. La récolte sous forme de foin ou séché en grange permet de limiter la dégrada- bilité des protéines dans le rumen.

Contacts

Références

Salon Professionnel de l’autonomie fourragère (SPAF). 17-09-2019. Thieulain Fiche technique de l’atelier Luzerne, V. Decruyenaere (CRA-w) et D Raucq (agriculteur).

Fichiers attachés

Equipe

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