20 Juin 2023

Carac'CerBio

Le contexte agronomique et les filières de valorisation peuvent amener à approfondir l’évaluation de certains caractères dans le cadre des essais variétaux en AB

Caractériser les variétés au regard des spécificités du bio

Que la raison soit agronomique ou se situe du côté de la valorisation de la récolte, le contexte de l’agriculture biologique (AB) peut amener à approfondir l’évaluation de certains caractères. En céréales, c’est notamment le cas du pouvoir couvrant de la culture, qui évalue sa capacité à couvrir le sol et ainsi entrer en compétition avec les adventices, et du pouvoir viscosant du grain en alimentation des volailles à partir de triticale.

Caractérisation du pouvoir couvrant des variétés

La lutte contre les adventices est fréquemment citée comme contrainte majeure à la conversion à l’agriculture biologique (AB).  Parmi les moyens de lutte, outre le désherbage mécanique, la culture en tant que telle peut, par ses caractéristiques morphologiques, influencer le niveau d’infestation des adventices. La compétitivité de la culture vis-à-vis des adventices peut être appréciée par la mesure du pouvoir couvrant.  Ce caractère peut en effet constituer un levier agronomique intéressant en AB, à prendre en considération dans la lutte contre les adventices en combinaison avec d’autres méthodes agronomiques.

 

Depuis 2020, le pouvoir couvrant fait l’objet d’une caractérisation approfondie au sein des essais variétaux de céréales en AB (Figure 1).  Les cotations visuelles de la couverture foliaire, de la largeur des feuilles et du port au tallage sont couplées à la mesure de la couverture foliaire par imagerie (photos). Le recours à l’imagerie a pour but d’objectiver la mesure de la couverture foliaire. Une à deux photos de chaque parcelle sont prises entre les stades plein tallage et deux nœuds des céréales. En outre, au printemps 2023, afin d’optimiser l’acquisition des images, la plateforme d’essais du CRA-W a été survolée par un drone équipé de capteurs qui mesurent la réflectance du couvert sous différentes longueurs d’onde. Les valeurs de réflectance sont ensuite utilisées pour calculer un indice de végétation, le NDVI (normalized difference vegetation index).

 

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 Figure 1 – Détermination de la couverture foliaire par imagerie, par prise de photo au moyen d'un smartphone au niveau du sol (A) ou par vol de drone équipé de capteurs (B). (C) Photo d’une parcelle d’essai prise au moyen d’un smartphone (variété de froment Energo à Assesse en 2022). (D) Image binaire résultant de l’analyse de la photo (C) avec le package FieldImageR. (E) Image orthomosaïque représentant le NDVI obtenu pour la plateforme d’essais à Assesse le 21/04/2023.

  

L’objectif de cette caractérisation du pouvoir couvrant est double :

  1. déterminer une méthode discriminant efficacement les variétés quant à leur pouvoir couvrant, et
  2. caractériser les variétés en vue d’intégrer ce caractère dans les recommandations variétales. 

 

Résultats 2020-2023 :

  • Le pouvoir couvrant est un caractère sensible à l’environnement, et ce particulièrement pour les variétés présentant un pouvoir couvrant intermédiaire, lesquelles ne sont pas évidentes à classer.
  • Le recours à l’imagerie apparaît intéressant pour caractériser le pouvoir couvrant.  En effet, la caractérisation du pouvoir couvrant par prise de photo au moyen d’un smartphone (Figure 1A-C-D) offrait des résultats plus consistants entre essais que la cotation visuelle. En outre, l’analyse des images acquises par vol de drone sur l’essai d’Assesse durant le printemps 2023 fournit des perspectives intéressantes, les résultats obtenus par vol de drone étant bien corrélés à ceux obtenus via les photos des parcelles prises au sol au moyen d’un smartphone.
  • Aucune relation n’est apparue entre couverture foliaire et largeur des feuilles, invitant à abandonner la cotation de la largeur des feuilles pour caractériser le pouvoir couvrant. La couverture foliaire est apparue positivement associée au nombre de talles dans les essais de froment et d’épeautre à Ohey en 2021, à un port au tallage étalé en froment à Rhisnes en 2020 et à Assesse en 2022 et 2023, et à des variétés davantage précoces à l’épiaison en épeautre. Ces relations étaient cependant significatives à un faible niveau et n’ont pas été observées dans tous les essais ; il s’agit de tendances à considérer avec précaution. Elles reflètent la complexité du pouvoir couvrant des céréales.

 

Caractérisation du pouvoir viscosant d’une gamme de variétés de triticale dans une perspective d’utilisation en alimentation de volailles

Le triticale est largement utilisé en alimentation animale biologique de par son adaptation agro-écologique large et sa conduite culturale aisée. Cependant, son incorporation dans les aliments pour poulets de chair est limitée par la présence de fibres (arabinoxylanes) qui peuvent provoquer une augmentation de la viscosité des contenus digestifs. Cette viscosité rend l’assimilation des nutriments plus difficile, ce qui peut entraîner une prolifération bactérienne dans l’intestin grêle et générer des problèmes sanitaires liés à des fientes trop humides (Beckers et al., 2005). Dès lors, les variétés sont caractérisées par un indice de viscosité, un indice de viscosité faible étant recherché pour l’alimentation des volailles. Des indices de viscosité sont fournis par les firmes semencières. Cependant, ils ne sont pas complets ni validés.  Par ailleurs, le dosage de la teneur en arabinoxylanes du grain n’est pas aisé, tandis que l’impact variétal sur les performances des poulets, particulièrement des souches utilisées en AB, demeure méconnu. En conséquence, la question de la viscosité du triticale fait fréquemment l’objet de débats au sein du secteur bio.

Suite à une discussion avec le Prof. Yves Beckers (GxABT), un travail de fin d’études (TFE) sur le sujet a été conduit durant l’année académique 2020-2021 par Coline Crevits, alors étudiante GxABT, en collaboration avec le CRA-W (Bruno Godin et Anne-Michelle Faux). Le TFE comportait deux volets : (i) caractérisation agronomique et biochimique des propriétés viscosantes d’une gamme de variétés de triticale (partie réalisée au CRA-W), et (ii) test de l’effet variétal et de l’ajout d’enzymes arabinoxilanases et beta-glucanases sur les performances zootechniques de poulets de chair (partie réalisée à GxABT).

Résultats :

  • Parmi les sept variétés de triticale testées (Bilboquet, Borodine, Brehat, Elicsir, Kasyno, Ramdam, Vuka), les variétés Bilboquet et Vuka étaient les plus viscosantes.
  • Des corrélations entre viscosité et paramètres physico-chimiques des grains (teneur en protéines, indice de blancheur et granulométrie notamment) ont été mises en évidence.
  • Aucun effet de la variété n’a été observé sur les performances de croissance des poulets durant la période de l’expérience, soit entre les 35ème et 70ème jours des poulets. De plus, aucun effet lié à l’incorporation d’enzymes hydrolysant les arabinoxylanes et β-glucanes solubles dans les aliments n’a été observé dans cet essai.

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Figure 2. Effet de la variété de triticale et de la complémentation (Compl.) enzymatique sur la croissance quotidienne moyenne des poulets (GQM, en g/jour), l’ingestion moyenne de matière sèche (g MS/jour), et l’indice de consommation moyen des poulets (g MS ingérée/g GQM) (Crevits, 2021).

Conclusions :

Nos résultats suggèrent que la viscosité n’est pas un critère à prendre en considération pour le choix de variétés de triticale destinées à l’alimentation de poulets de chair de plus de 35 jours en AB. Dans ce cas, les éleveurs pourraient cibler leur choix variétal davantage sur base des performances agronomiques que sur base de leur caractère viscosant. En outre, des taux d’incorporation élevés de triticale dans les aliments pour poulets de chair bio de 35 jours et plus pourraient être pratiqués, tout en s’affranchissant de l’utilisation d’enzymes à activités xylanasiques et glucanasiques.

 

Partenaires externes

  • GxABT (Gembloux Agro-Bio Tech - Université de Liège)
  • CARAH (Centre pour l’Agronomie et l’Agro-industrie de la province du Hainaut)
  • CPL-Végémar (Centre Provincial Liégeois des Productions Végétales et Maraîchères).

Financement

Dotation CRA-W pour la recherche en agriculture biologique

Publications

Faux A.-M., Legrand J., Leclercq M., Mahieu O., Bonnave M., Rabier F. (2023). Caractériser le pouvoir couvrant des céréales. Itinéraires-Bio 71.

Faux A.-M., Legrand J., Stalport A., Leclercq M., Mahieu O., Bonnave M., Rabier F. (2023). Caractériser le pouvoir couvrant des céréales. Livre Blanc Céréales – Février 2023. Pp 4/227-231.

Crevits C., Faux A.-M., Godin B., Beckers Y. (2022). Valorisation du triticale en aviculture de chair biologique : remise en question de l’importance du choix de variétés peu viscosantes. Livre Blanc Céréales – Février 2022. Pp 4/2-6.

Crevits C., Faux A.-M., Godin B., Beckers Y. (2022). Valorisation du triticale en aviculture de chair biologique : remise en question de l’importance du choix de variétés peu viscosantes. Itinéraires-Bio 63:51-54. https://orgprints.org/id/eprint/44877/1/51_updated_Brochure_A4_ITBIO63_web.pdf

Crevits C. (2021). Caractérisation phytotechnique et zootechnique de variétés de triticale en agriculture biologique : comment réfléchir leur valorisation en aviculture de chair. TFE présenté en vue de l’obtention du diplôme de master bioingénieur en sc. agronomiques. Prom. Beckers Y. & Faux A.-M. Gembloux Agro-Bio Tech - Université de Liège. 80 pages. https://matheo.uliege.be/bitstream/2268.2/13092/4/TFE2021_Crevits%20Coline.pdf