20 Juin 2023

VarCerBio+

En AB, le choix variétal est un levier agronomique essentiel pour maitriser le développement des maladies et sécuriser la récolte des points de vue qualitatif et quantitatif

Contexte

En agriculture biologique (AB), les solutions curatives face aux maladies des plantes de même que les moyens pour se prémunir des risques d’une récolte faible ou de moindre qualité sont limités. « Mieux vaut prévenir que guérir », ou encore, « il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier », ces proverbes prennent tout leur sens. Dans ce cadre, le choix variétal constitue un levier agronomique essentiel pour l’agriculteur.rice. Il offre en effet la possibilité de limiter le développement de maladies, par l’utilisation de variétés résistantes, ou encore, d’optimiser le rendement et la qualité de sa récolte, par l’utilisation de mélanges variétaux notamment.

Objectifs

Deux essais sont conduits dans cette perspective. L’un vise à identifier des variétés tolérantes à la carie chez différentes espèces de céréales à paille (froment, épeautre, triticale et blé dur), tandis que l’autre évalue les performances de mélanges variétaux en froment.  

Evaluation de la tolérance à la carie

La carie commune du blé (Tilletia caries ou Tilletia foetida) est une maladie fongique qui touche essentiellement le blé tendre mais aussi d’autres espèces telles que le blé dur ou l’épeautre. Les grains cariés, impropres à la consommation, sont détruits, tandis que les spores contaminent le sol qui a supporté la culture. En AB, les moyens de lutte contre la carie sont limités. Dans ce cadre, différents axes de recherche ont été développés au CRA-W. Le screening variétal est assuré par le CRA-W. Il vise l’identification de variétés résistantes ou tolérantes à la carie.

Mode opératoire

Depuis 2020, des essais sont conduits principalement sur le froment, mais également sur quelques variétés d’épeautre, de triticale et de blé dur. L’évaluation est réalisée en inoculant les semences non traitées avec des spores du champignon et en les semant ensuite au champ où les plantes font l’entièreté de leur cycle végétatif. A maturité, des épis sont prélevés dans chaque parcelle et le nombre d’épis présentant des symptômes de carie est dénombré.

Résultats 

En froment d’hiver, les différences variétales sont particulièrement importantes et le choix variétal constitue donc un levier particulièrement important pour limiter le développement de la maladie. La Figure 1 présente la synthèse pluriannuelle (2020-2026) des résultats obtenus sur le froment d’hiver pour une sélection de variétés. Les variétés Tillexus et Tilliko, sélectionnées pour leur tolérance à la carie et la variété Arezzo, utilisée en France comme témoin « résistant » dans les essais du GEVES, ont presque toujours été indemnes de symptômes. En 2026, la variété Aristaro, inscrite en Allemagne et présente pour la première fois dans l’essai, n’a montré aucun symptôme. Parmi les variétés présentes en Belgique, Grannosos, Allsome et Olaf semblent être assez peu sensibles. 

Les variétés d’épeautre et de triticale testées ont montré une très bonne tolérance à la carie, ce qui confirme la faible sensibilité à la carie de ces deux espèces. Le blé dur, en revanche, apparaît plus sensible à la carie, bien que quelques variétés y semblent bien résistantes (voir Figure 2). 

Les résultats de ces essais sont publiés chaque année dans l’édition de septembre du Livre Blanc des Céréales.

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Légende : Résultats pluriannuels (2020-2026) des essais de tolérance variétale à la carie commune du blé.  Moyennes pondérées d’épis cariés (%) pour une sélection de variétés de froment présentes au moins une année en essai sur la période 2024-2026.  Le chiffre entre parenthèse est le nombre d’années d’étude à partir de 2020.  CRA-W, Gembloux.

Performances de mélanges variétaux

Les études scientifiques s’accordent à démontrer que les mélanges variétaux confèrent une meilleure stabilité de rendement que les cultures pures, ce qui s’explique par une meilleure résilience face à aux aléas. Celle-ci provient de deux types d’effets :

  • Les effets de compensation : dans un mélange, la présence de profils variétaux diversifiés en termes de résistance aux maladies ou de tolérance à certains stress, par exemple, agit comme une garantie face à des aléas imprévisibles. La/les variétés du mélange les plus adaptées aux conditions rencontrées assurent un rendement et peuvent compenser partiellement les pertes subies par les variétés plus sensibles.
  • Les effets de complémentarité : la présence de caractéristiques complémentaires entre variétés du mélange peut donner lieu à des effets de facilitation ou de meilleure utilisation des ressources. Par exemple, une variété résistante à la verse peut agir comme tuteur pour une variété plus sensible. 

En théorie, les mélanges variétaux tendraient donc à offrir de meilleurs rendements que les cultures pures lorsque les conditions sont limitantes (faibles intrants, sols plus pauvres ou pression élevée en maladie). 

Mode opératoire 

Entre 2020 et 2025 (six années d’essai), 4 mélanges de 2 à 3 variétés ont été testés en compagnie des mêmes variétés en culture pure. Lors de la première année d’essai les variétés composant les mélanges étaient Evina, Campesino, Avignon et Cubitus. Lors des années suivantes, Evina n’étant plus multipliée, les variétés composant les mélanges étaient Alessio, Arminius et Cubitus.

Par ailleurs, chaque année les mélanges étaient semés d’une part à partir de semences certifiées (le mélange était donc nouvellement constitué chaque année), et d’autre part à partir de semences autoproduites (c’est-à-dire issues de la récolte précédente du même mélange). L’objectif d’inclure les semences fermières à cet essai était de pouvoir suivre l’évolution du mélange. 

Résultats 

Les résultats de ces essais ont fait l’objet d’une publication dans le Livre Blanc de Céréales. 

Au terme de 5 années d’essai pour les mêmes mélanges, les mélanges n’étaient ni plus performants ni moins performants que la moyenne des variétés qui les composaient en culture pure. L’absence d’effet notable des mélanges pourrait s’expliquer par l’absence de stress biotiques ou abiotiques significatifs durant ces années d’essais. 

En revanche, en ce qui concerne les mélanges issus de semences autoproduites, nous avons observé un déclin de la qualité technologique de ces mélanges après quelques générations. Il semblerait que cela soit dû au potentiel de rendement supérieur de la variété Cubitus, dont le profil de qualité technologique est inférieur à Arminius et Alessio : année après année, la proportion de Cubitus dans le mélange a très probablement augmenté en raison de sa plus haute productivité, avec pour corollaire une diminution de la proportion de la variété panifiable (Arminius ou Alessio) dans le mélange. 

Ces résultats soulignent, s’il le faut encore, l’importance de la composition en variétés du mélange et donc du choix minutieux des variétés. Dans le cas de mélanges autoproduits, nos observations suggèrent de réintroduire des semences de variétés de qualité panifiable après plusieurs générations si l’on ne souhaite prendre aucun risque de baisse de qualité technologique. 

A partir de la campagne 2025-2026, de nouveaux mélanges ont été constitués afin d’affiner nos recommandations en matière de composition des mélanges, en particulier au regard de la qualité technologique. Nous étudions désormais 6 nouveaux mélanges de 2 à 4 variétés, dans lesquels nous avons fait varier la proportion de variétés de qualité panifiable premium (Q1) et panifiable premium améliorante (Q1A).

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Légende : Résultats pluriannuels (2020-2026) des essais de tolérance variétale à la carie commune du blé.  Moyennes pondérées d’épis cariés (%) pour une sélection de variétés de blé dur, d’épeautre et de triticale présentes au moins une année en essai sur la période 2024-2026.  Le chiffre entre parenthèse est le nombre d’années d’étude à partir de 2020.  CRA-W, Gembloux.

Financement

Recettes propres (évaluation de la résistance à la carie) et dotation CRA-W pour la recherche en agriculture biologique (test de mélanges variétaux)

Publications

Nysten A. et Eylenbosch D. (2026) Protection intégrée des semences et des jeunes emblavures. Maladies transmises par la semence et par le sol. Résultats d’essais contre la carie. Livre Blanc Céréales (Ed. Septembre 2026, pp. 145-149).

Faux, A.-M., Rabier F. (2024) Performances des mélanges variétaux et semences fermières en culture de froment panifiable. Itinéraires BIO 75, 47-53.

Henriet F., Eylenbosch D., Bataille C. (2022). Protection intégrée des semis et des jeunes emblavures. Livre Blanc Céréales – Septembre 2022. Pp 4/126-128.

Eylenbosch D., Meza R., Vermeulen P. (2022). Etude de la tolérance variétale de céréales à la carie commune du blé et mise au point de nouvelles méthodes de détection. Phloème 2022 – Actes du congrès. Pp 279-280.

Bataille C., Eylenbosch D., Chandelier A. (2021). Protection contre la carie en agriculture biologique. Livre Blanc Céréales – Septembre 2021. Pp 7/1-10.

Eylenbosch D., Chandelier A., Meza R., Jacquemin G., Bataille B. (2021). Perspectives - Evaluation de la résistance variétale et des traitements de semences autorisés en Agriculture Biologique contre la carie commune du blé. Livre Blanc Céréales – Février 2021. Pp 9/2-6.